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Le Court Central

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La légende du roi Arthur

La légende du roi Arthur

Cette année, on fête les vingt ans de la création du Court Arthur-Ashe de Flushing Meadows, qui demeure le plus grand court de tennis du monde avec sa capacité de 23000 places. Pour l'occasion, on ne va pas rendre hommage à cet immense octagone, symbole du gigantisme américain, qui aura été le théâtre de belles rencontres, mais plutôt au joueur charismatique, engagé, qui fut l'un des pionniers du tennis moderne et dont le nom reste apposé comme celui du principal court du plus célèbre complexe tennistique des Etats-Unis.

Arthur Ashe, lors de sa victoire à Wimbledon en 1975

Arthur Ashe, lors de sa victoire à Wimbledon en 1975

Depuis quelques jours, alors que les Etats-Unis accueillent le dernier majeur de l'année et vivent une véritable gueule de bois depuis la consécration du projet politique portés par Trump et sa clique d'extrême-droite, l'ex-tennisman américain James Blake (quatrième joueur mondial en 2006) fait le tour des plateaux de télévision. Deux ans après avoir été victime d'une agression xénophobe, l'ancien étudiant d'Harvard au coup droit supersonique vient faire la promotion de Ways of Grace: un livre sur l'histoire conjointe du monde du sport à celui de l'activisme. Si le bouquin de l'ex-numéro quatre mondial dresse les portraits de certains sportifs emblématiques, comme celui des soeurs Williams, de Billie Jean King (dont nous avions salué, ici ,le combat pour le respect des droits civiques dans le monde du sport), ou de LeBron James, la véritable inspiration de Blake demeure un joueur qui fut un pionnier dans l'activisme. En effet, en plus de présenter un jeu flamboyant et un palmarès hors du commun, Arthur Ashe fut un homme engagé qui s'est battu toute sa vie contre différents causes.

C'est à Richmond, en Virginie, que vit le jour Arthur Ashe Jr le 10 juillet 1943. Ses parents, Arthur Ashe Sr, concierge au sein du service loisir des policiers noirs de Richmond, et sa mère Mattie Cunningham, ont voulu, d'emblée, inculqué à leurs enfants le fait qu'ils devaient s'investir davantage que des enfants blancs. C'est ainsi que le futur sportif iconique sut lire à l'âge de quatre ans. De même, le père de l'un des futurs plus grands sportifs afro-américains a rapidement imposé à ses fils la pratique d'un sport, tout en leur interdisant de jouer au football américain. De ce fait, à l'âge de sept ans,  le frêle Arthur Ashe Jr frappa ses premières balles de tennis au sein de la base de loisirs Brookfield, dans laquelle travaillait son père. Toutefois, au moment où il commençait à se familiariser avec une raquette de tennis, sa mère décéda des suites d'une infection liée à une opération pourtant supposée sans risque. Malgré cette tragédie, Arthur Ashe Sr continua de prodiguer une éducation aimante et stricte à ses deux fils, afin qu'ils n'empruntent pas de mauvais chemins. En effet, plus que des habilités sportives, c'est la réussite scolaire de ses enfants qui préoccupe le plus cet homme veuf. Ainsi, dans l'école que fréquentaient ses enfants, les différents enseignants portaient un message d'espoir, comme aimait le rappeler celui qui allait contribuer à faire le passer le tennis dans une nouvelle ère:

Chaque jour, on nous martelait sans cesse le même message. Malgré la discrimination et les lynchages organisés, nos enseignants nous disaient: "Quelques gars noirs ont réussi à se frayer un chemin pour réussir. Certes, ce n'est pas l'école la mieux équipée: cependant, cela doit vous faire prendre conscience que vous devrez être un peu mieux préparé que des enfants blancs et que vous devrez saisir n'importe quelle opportunité qui se dressera à vous"

Arthur Ashe, en 1967

Rapidement, le talent de ce garçon à l'allure longiligne tapa dans l'oeil de Ron Charity, un étudiant à la Virginia Union University, qui dispensait des cours de tennis pour se faire de l'argent de poche. Surtout, dans un pays encore déchiré par la ségrégation raciale, où les enfants blancs et les enfants noirs ne fréquentaient pas les mêmes établissements et ne jouissaient pas des mêmes avantages, ce jeune étudiant noir prit sous son aile celui qui pouvait être son petit frère. Il l'encouragea à prendre part à ses premiers tournois locaux. Puis, lorsque les premiers succès vinrent, Charity inculqua à Ashe de toujours garder la tête sur les épaules et de ne pas se reposer sur ses acquis.   Quelques années plus tard, Charity recommanda le jeune Arthur Ashe à Robert Johnson. Cet éducateur physique au sein de la Maggie Walker High School, fut également le coach d'Althea Gibson, première joueuse de tennis noir-américaine de renom (elle a gagné 5 Majeurs à la fin des années 50). Conscient du talent du garçon, Johnson convia chaque été Ashe à son camp d'entraînement pour façonner le jeu de son protégé et, surtout, lui apprendre l'importance de dépasser les frontières des "races" grâce au sport. Ainsi, dans une époque marquée par la ségrégation raciale, Johnson posa les premières pierres de la marque de fabrique d'Arthur Ashe: sa combativité, ainsi que son attitude de gentleman. Le futur créateur de l'ATP reprendra, d'ailleurs, ce credo de supprimer des barrières sociales par le sport dans son combat pour la reconnaissances des droits civiques. C'est, ainsi, qu'il créa les Kids Days: une journée d'exhibitions pendant lesquelles les plus grands champions de la planète donnent de leur personne pour des associations qui élargissent l'accès à la culture et à l'éducation pour les enfants défavorisés

Cette méthode de travail permit à Ashe de dominer limpidement sur le circuit ATA (la fédération noir-américaine de tennis). A l'issue de sa victoire lors des championnats de tennis en salle, Richard Hudlin, coach de tennis dans le Missouri et ami de Robert Johnson, proposa de prendre l'adolescent sous son aile. Il lui présenta, ainsi, l'opportunité de s'entraîner toute l'année dans des courts indoor à St-Louis, face à une concurrence plus relevée que dans sa ville natale de Virginie. Dans l'Etat du centre-est américain, Ashe parfit son jeu du fond, sa scolarité exemplaire, ainsi que son service-volée légendaire. Ses efforts et ses résultats probants le conduisirent à réaliser le rêve de Robert Johnson: devenir le premier joueur noir-américain à disputer des tournois organisés par la USLTA (La Fédération de Tennis Américaine) et à disputer la Junior Davis Cup sous la bannière américaine. 

Alors que la professionnalisation du tennis n'est pas encore entamée, les universités les plus prestigieuses du pays s'arrachent pour accueillir cet homme aussi brillant sur les courts que sur les bancs de l'école. Ce dernier décida finalement de s'établir sur la côte ouest, à UCLA. En Californie, l'esprit du jeune homme de vingt ans balance entre l'ingénierie et l'architecture. Toutefois, malgré le prestige de ces deux programmes, aucun d'eux ne pouvait lui permettre de poursuivre assidument sa passion de la petite balle jaune. C'est alors que son coach eu une idée brillante: pousser Ashe à suivre un cursus en business. Ce dernier lui permettrait, à la fois, d'étudier (et d'avoir un diplôme) et de se consacrer à son passe-temps favori en s'entraînant et en visitant les quatre coins des Etats-Unis. Dans la ville angeline, Ashe fait rapidement la rencontre de JD Morgan, le coach de l'équipe de tennis de l'université. Cet homme, que l'on dit impulsif, a aussi formé quelques-uns des meilleurs joueurs américains des années 1950, à l'instar de Charlie Pasarell, ou de l'idole d'Ashe: Pancho Gonzalez. Sous l'influence de cette icône de jeunesse, le natif de Virginie affina son service surpuissant et son revers laser, et changea de statut sur le circuit amateur. S'il ne pointait qu'à la vingt-huitième place du classement des meilleurs joueurs américain lors de son entrée à l'université, il parvint à se hisser au sixième rang de ce classement deux ans plus tard et multiplia les exploits en Coupe Davis. Dans une Amérique qui fit la connaissance de Martin Luther King et de Malcolm X, le profil d'Arthur Ashe suscita la curiosité. Si ce jeune athlète noir cassa toutes les barrières qui furent dressés à lui, c'est une autre distinction, plus surprenante, qui emplit davantage son coeur. Sa ville natale de Richmond, dans laquelle il vécut les affres de la ségrégation, décida de célébrer le 4 février comme le jour de son champion. Emu par ce signe de reconnaissance, Ashe déclara: "Il y a dix ans, cela ne serait jamais arrivé. Cela constitue autant un hommage pour Richmond et la Virginie que pour mon humble personne"

Arthur Ashe (à gauche), avec Pancho Gonzales (à droite), lors d'une rencontre de Coupe Davis en 1963 (Crédits Photo :Ed Maker, The Denver Post daté du 10 Septembre 1963)

Arthur Ashe (à gauche), avec Pancho Gonzales (à droite), lors d'une rencontre de Coupe Davis en 1963 (Crédits Photo :Ed Maker, The Denver Post daté du 10 Septembre 1963)

Diplômé de UCLA en 1966, Ashe s'apprête à se consacrer totalement au tennis. Toutefois, avant de donner à sa carrière une nouvelle dimension, le grand gaillard d'1m88 doit effectuer son service militaire pendant deux ans, dans l'Etat de Washington. Si sa progression en patit, l'armée va, toutefois, lui offrir l'opportunité d'initier ses camarades à son art.

A son retour de l'armée, Ashe voulut rattraper le temps perdu et se lança un défi: réussir une brillante carrière en tant que professionnel. Bien que demeurant encore un amateur, le jeune homme s'aligna au premier US Open, en 1968. Malgré la présence de certains joueurs qui accèderont à la postérité (Rod Laver, Roy Emerson, Tom Okker), Ashe se montra insubmersible sur sa mise en jeu tout au long de sa quinzaine dans la Big Apple. En finale, il vint à bout du prodigieux joueur néerlandais Tom Okker en cinq sets. Au moment de fêter le sacre le plus important de sa carrière naissante, le lauréat du jour invita sur le podium l'homme qui l'avait tant influencé et qui lui avait offert sa première raquette: son père. Ce premier tournoi ouvert au professionnels, qui s'est déroulé lors de la sanglante année 1968 (assassinats de Robert Kennedy et de Martin Luther King, ndlr), montra des signaux encourageants. Toutefois, de nombreux domaines pouvaient s'améliorer, à l'instar des différences abyssales de rémunération entre les amateurs et les professionnels. En effet,  si la dotation totale du tournoi se s'échelonnait aux alentours des 100000$, le vainqueur du premier tournoi de tennis professionnel n'empocha que 280$ de prize-money, à cause de son statut d'amateur. Par conséquent, c'est Okker qui raffla la mise, puisqu'il rentra à Amsterdam avec 14000 dollars dans sa besace. Suite à ce sacre new-yorkais, Ashe devint une star, décrocha des contrats avec de grandes multinationales (American Express, Coca-Cola), enchaîna les couvertures de magazine et les conquêtes féminines (dont la chanteuse Diana Ross). Un an et demi plus tard, en janvier 1970, c'est sur le gazon australien de Kooyong qu'il souleva le deuxième titre majeur de sa carrière.

Arthur Ashe Jr, célébrant son titre à l'US Open 1968 avec son père Arthur Ashe Sr

Arthur Ashe Jr, célébrant son titre à l'US Open 1968 avec son père Arthur Ashe Sr

En toute intelligence, Ashe profita de sa célébrité naissante pour s'impliquer dans des causes qui lui tenaient à coeur. Quelques mois après son titre new-yorkais, il se remémora de la difficulté pour un amateur de pouvoir exercer pleinement sa passion tennistique. C'est alors qu'il s'engagea à protéger les intérêts et les droits des joueurs de tennis. Avec certains de ses rivaux du circuit, il fonda l'International Tennis Players Association, devenue ATP quelques années plus tard. Si, au début, il mit ses capacités de gestion à contribution, en s'occupant de la trésorerie de l'association, il gravit rapidement les échelons et accéda à la présidence de l'ATP en 1974. Profitant de son influence naissante, Ashe fit entendre sa voix pour enrayer le système sociétal qu'il a vécu lors de son enfance, et qui avait laissé de nombreux talents sur le carreau à cause de leur couleur de peau. Ainsi, il fustigea l'apartheid qui sévissait en Afrique du Sud, et demanda l'exclusion du pays d'Afrique Australe de la Coupe Davis. Fort de cette prise de position, qui eu le mérite d'éclairer le monde sur le problème sud-africain, le département américain des Affaires Etrangères nomma le champion de tennis ambassadeur américain en Afrique. Ainsi, au début des années 70, alors que de plus en plus de pays s'émancipèrent, Ashe se rendit dans certains Etats comme le Kenya, en Tanzanie, en Ouganda, et y rencontra des diplomates, chefs d'Etat, universitaires et étudiants. Dans la même veine, il parcourut l'Afrique Occidentale (Sénégal, Côte d'Ivoire) et les pays du Golfe de Guinée avec d'autres tennismen afin de promouvoir la pratique de la petite balle jaune. Durant l'un de ces périples, il découvrit l'immense talent d'un certain Yannick Noah, alors jeune adolescent de Yaoundé. Afin que le futur capitaine français de Coupe Davis poursuive sa progression, Ashe convainc la France d'accueillir le jeune homme, qui soulèvera la Coupe des Mousquetaires le 5 juin 1983. 

Arthur Ashe en Afrique du Sud, en 1973

Arthur Ashe en Afrique du Sud, en 1973

Si cette période d'activisme eut le mérite de révéler les nobles idéaux d'égalités civiques du vainqueur de l'Australian Open en 1970, cela l'a, toutefois, éloigné des premiers rôles d'un circuit qui s'est métamorphosé. En effet, durant son absence, le tennis mondial vut émerger deux personnalités, qui bousculèrent les codes et les foules. D'un côté, Bjorn Borg impressionne par sa précocité: passé pro à même pas 17 ans, le natif de Stockholm soulèva sa première Coupe des Mousquetaires à 18 ans et raffla la mise à Wimbledon deux ans plus tard. Le joueur scandinave, qui a longtemps tapé des balles sur le mur de son garage, amèna un vent de fraîcheur sur le circuit et signa une révolution technique: sa rapidité, son revers à deux mains, ses balles liftées et ses passing-shots ringardisèrent de nombreux apôtres du service-volée tels que John Newcombe ou Stan Smith. Cependant, dans un sport qui faisait, alors, la part belle aux gentlemen, ses longs cheveux blonds de rock-star, son bandeau de pirate arboré sur son front, sa barbe de trois jours et son regard bleu-gris aussi froid que magnétique fascinèrent la gent féminine et les sponsors. Si bien qu'au milieu des années 70, la visibilité du tennis explosa et l'art de la petite balle jaune gagna de nombreux adeptes aux quatre coins du monde et devint le sport cool par excellence.

Bjorn Borg, à seulement 18 ans.

Bjorn Borg, à seulement 18 ans.

De l'autre, on trouve celui qu'il allait affronter lors de sa dernière finale de Grand Chelem, à Wimbledon en 1975. Jimmy Connors, qui incarnait la relève du tennis américain en ce début des années 70, demeurait le parfait opposé d'Arthur Ashe. Le premier aimait intimider ses adversaires, se comporter de manière arrogante et putassière sur les courts.  Le natif de Richmond, quant à lui, se montrait insubmersible et affiche une attitude presque noble. Au delà d'un palmarès phénoménal, Connors fut ce genre de joueur qui préférait disputer une exhibition à 100000$ à Las Vegas plutôt qu'un majeur. Ashe avait mis tellement de temps à se faire une place dans cette société américaine déchirée par la ségrégation et le puritanisme, que la possibilité de jouer pour son pays constituait une victoire autant sportive que sociale.  En dehors des courts, Ashe adorait lire et aspirait à rencontrer Nelson Mandela, quand. Toutefois, on peut rapprocher les deux hommes par l'influence que chacune de leur mère a eu sur chacun d'eux. Le principal désir de Mattie Cunningham fut de donner à ses fils les clés pour rendre leur monde meilleur, quand Gloria Connors forgea son fils pour en faire un soldat spartiate qui bave d'ambition.

Les deux hommes que (presque) tout oppose s'apprête à se défier pour la quatrième fois. Jusque-là, le jeu extrêmement offensif de l'ancien étudiant de UCLA s'était toujours fracassé face au revers à deux mains et au fighting spirit du natif du Missouri. Ainsi, à la veille de cette rencontre à l'enjeu colossal, Ashe prévoit de forcer sa nature: au lieu d'entreprendre l'attaque et prendre le risque de se faire passer, le joueur de 32 ans veut rester attentiste et attendre l'occasion rêvée pour son adversaire sur son coup droit, l'une des rares failles de son jeu.

Arthur Ashe (à droite) et Jimmy Connors (à gauche), avant d'en découdre

Arthur Ashe (à droite) et Jimmy Connors (à gauche), avant d'en découdre

L'opposition de style eu lieu, donc, le dimanche 5 juillet 1975, sur le mythique Centre Court de Wimbledon. Pour se démarquer de Connors, dont il a souvent raillé le manque d'implication dans la plus célèbre des compétitions tennistiques par équipe, Ashe se présenta à la reine Elizabeth avec son sweat de Coupe Davis qu'il chérissait tant. Dès le début de la rencontre, le plan du joueur afro-américain fonctionne à merveille: il se fait un malin plaisir de torpiller le coup droit de son adversaire et contre les montées au filet de l'ingérable Jimbo par des lobs somptueux et des passings qui retombent dans les pieds du chien fou américain. Rapidement, Ashe, impérial sur son service, empoche les deux premières manches en ne laissant que deux petits jeux à son rival. Ce dernier, qui songeait à poursuivre en justice son compatriote pour diffamation, repris du poil de la bête, fit rugir sa raquette Wilson en acier et profita des errements tactiques de son aîné pour prendre le troisième acte et mener 3-1 dans le quatrième. Malgré cette impasse, Ashe resta calme et attendit le moindre moment de décompression du futur vétéran du circuit pour le prendre à la gorge et envoyer des bourrasques. Sur un ultime smash, le gamin de Virginie savoura sobrement sa victoire. Lui qui était identifié comme le symbole de lutte contre la ségrégation est redevenu ce qu'il aspirait: un champion de tennis

Un Highlight exhaustif de la finale de Wimbledon opposant Ashe et Connors.

Cette consécration apparut, à posteriori, comme le chant du cygne de la carrière tennistique Arthur Ashe. Le tennis exigeant du quintet Borg-Vilas-McEnroe-Connors-Gerulaitis et la nouvelle médiatisation du plus célèbre des sports de raquette reléguèrent au second plan ce qui firent le circuit ATP lors des balbutiements. Si la majorité de ces légendes de l'ère pré-Open surent décaniller au moment opportun, le départ à la retraite de la légende du tennis états-unien subsiste comme l'un des plus vigoureux. Miné par les blessures (oeil, talon), Ashe régressa dans la hiérarchie et vit son équipement texte mettre fin à son contrat. Alors qu'il effectuait des missions auprès du Coq Sportif ou du constructeur de raquette Head, et des interventions dans certains médias sportifs, il ne perdit pas espoir de poursuivre son aventure sur le circuit. Hélas, en  juillet 1979, l'ancien numéro deux mondial ressentit des douleurs cardiaques, qui ne firent que s'amplifier. Six mois plus tard, il subit un quadruple pontage cardiaque, et se résigna à ranger les raquettes pour de bon.

L'amour du tennis, qui fut l'un des fils rouges de son existence, le conduisit à s'impliquer par d'autres moyens. En 1980, il entama son mandat de capitaine de Coupe Davis et encadra la jeune génération menée par John McEnroe ou le fêtard Vitas Gerulaitis. Avec ces hommes, il souleva le Saladier d'Argent deux fois en 1981 et en 1982. Les moins jeunes d'entre nous se souviennent certainement de ce second sacre, où John McEnroe et sa clique avaient anéanti les espoirs des Français, alors représentés par les jeunes Yannick Noah et Henri Leconte. En parallèle, Ashe prodigua son expertise de la petite balle jaune dans de nombreux médias sportifs, à l'instar du magazine américain Tennis Magazine et de la célèbre chaîne câblée HBO (parce que, bon, à l'époque, on était loin des raz-de-marée The Wire, The Sopranos et de Game of Thrones).

Toutefois, le contexte qui prédominait à l'époque, et un malheureux concours de circonstance. A l'orée des années 80, un nouveau fléau, qui fait surtout des ravages au sein des communautés homosexuelles (même si aucune causalité n'est reconnue) angelines et new-yorkaises, inquiète le monde: le SIDA. En 1983, Ashe passa à nouveau sur la table d'opération et subit un double pontage coronarien. Cette fois-ci, pour accélérer sa convalescence, des transfusions sanguines lui furent prescrites. Malheureusement, quelques années plus tard, des analyses menées pour décelèrent la présence de cellules positives au VIH. Ces dernières pourraient être liées aux transfusions sanguines qui lui furent dispensées à la suite de sa deuxième opération cardiaque. Sa maladie, sa lutte pour les droits civiques, et la naissance de sa fille en 1986, furent les derniers combats de sa vie. On le vit, ainsi, se faire arrêter, suite à une manifestation pour s'opposer à l'apartheid sud-africain, dénoncer le traitement infligé à la communauté séropositive haïtienne par l'administration Bush Sr, ou se rendre aux Nations Unies pour sensibiliser la communauté internationale sur cette effroyable épidémie et pour récolter des fonds alloués à la recherche d'un traitement contre le SIDA. Surtout, en 1990, l'ex-gamin de Virginie se rendit en Afrique du Sud pour rencontrer celui à qui il voue un immense respect: Nelson Mandela 

En 1992, alors que le quotidien USA Today menaçait de révéler la séropositivité du tennisman, ce dernier embraya, révéla au grand jour sa maladie, et lança une fondation dévouée au SIDA. En guise de testament, il écrivit l'ouvrage Days of Grace , qui narre les sept derniers mois de la vie de ce monument du sport américain. Dans cette autobiographie, écrite à quatre mains avec le biographe Arnold Rampersad, Ashe y expose ses tourments. Ceux d'un homme qui s'est battu pour rompre les barrières de races, mais qui ne comprenait pas comment sa fille jouait avec une poupée blonde. Ceux d'un homme vu comme un symbole de sa communauté noire, mais qui trouvait des détracteurs au sein même de la diaspora noir-américaine. Ceux d'un homme qui s'était exprimé publiquement pour défendre l'égalité entre noirs et blancs, mais qui refusait d'être vu comme un symbole et qui fustigeait la rancune rampante au sein de la culture noire. Tel David Bowie avec son ultime exercice Blackstar, Ashe s'envola vers les cieux deux jours après la publication de son ouvrage autobiographique. Bien qu'il se défendit d'être un symbole, les hommages affluèrent par milliers, de la part d'anciens collègues du circuit, de responsables politiques ou de simples citoyens. Ainsi, près de 5000 personnes se déplacèrent spontanément à l'hôtel de ville de Richmond pour voir une dernière fois les traits de l'enfant du pays. Quelques mois plus tard, Bill Clinton, alors Président des Etats-Unis, décora Ashe à titre posthume de la Presidential Medal of Freedom, la plus haute distinction qu'un chef d'Etat américain puisse attribuer à l'un de ses concitoyens. Aujourd'hui, la veuve de l'ancien champion, Jeanne Moutoussamy-Ashe, ainsi que de nombreux sportifs américains essaient de faire perdurer l'héritage d'Arthur Ashe. Le moins que l'on puisse dire, c'est que la présence de trois femmes afro-américaines (Madison Keys, Sloane Stephens et Venus Williams) en demi-finale de l'US Open a le mérite de s'inscrire dans cette voie.