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Le Court Central

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Paul-Henri Mathieu, ou l'itinéraire d'un enfant pas gâté

Paul-Henri Mathieu, ou l'itinéraire d'un enfant pas gâté

A 35 ans, Paul-Henri Mathieu dispute, cette année, son dernier Roland-Garros. Les spectateurs français pourront, ainsi, observer une dernière fois à Paris celui qui en a bavé pendant toute sa carrière, mais qui a fait preuve d'une grande ténacité pour surmonter des différentes épreuves difficiles qu'il a vécues. 

Paul-Henri Mathieu, ou l'itinéraire d'un enfant pas gâté

Malgré la défaite, la joie. Ce lundi 29 mai, le contingent français à Roland-Garros a vécu une véritable bérésina. Parmi les principaux tricolores qui ont vu leur aventure s'arrêter prématurément, Paul-Henri Mathieu est, sans doute, le seul à avoir reçu une ovation. Malgré la défaite sèche face à David Goffin, qui n'a pas donnée lieu à une ambiance de folie sur le Court n°1, le Strasbourgeois peut partir apaisé à l'issue de son dernier Roland-Garros. Malgré le soutien sans faille du public français, l'ancien douzième joueur mondial (en 2008) a dû se battre face à la FFT, les sponsors et, surtout, les blessures pour continuer d'exercer sa passion.

Le traumatisme Bercy

Pourtant, au départ, tout semblait sourire à PHM. Arrivé réellement sur le circuit en 2001, le Strasbourgeois franchit rapidement les échelons. A 20 ans, le sosie du chanteur Mika dispute son premier huitième de finale à Roland-Garros. Invité par les organisateurs du tournoi, il se sort du piège sud-africain Wayne Ferreira (après avoir été mené deux sets à un) avant d'éliminer coup sur coup Fabrice Santoro et la quatorzième tête de série du tournoi parisien, Jiri Novak. En huitièmes de finale, Mathieu oppose une franche opposition à Andre Agassi, alors quatrième joueur mondial. A la surprise générale, le jeune français, devenu la coqueluche du public de la Porte d'Auteuil, mène deux sets à zéro face au Kid de Las Vegas. Toutefois, Agassi fait vite valoir son expérience pour renverser la situation et mettre fin au joli parcours du prometteur français. Cette performance parisienne sera le catalyseur d'une saison qui le mènera aux portes du top 30. En confiance, il sera le dernier joueur à avoir battu Pete Sampras et remportera, coup sur coup, deux titres en indoor à Moscou et à Lyon en octobre 2002.

Pour récompenser la saison du joueur alsacien, Guy Forget, alors capitaine de l'équipe de France de Coupe Davis, sélectionne le jeune espoir français pour la finale de Coupe Davis qui oppose la France à la Russie à Bercy. Ce week-end là, dans le douzième arrondissement de la capitale, Marat Safin semble imperturbable. Impérial, le Moscovite, ancien numéro un mondial, empoche deux points pour son escouade et pousse les deux nations à se départager sur un cinquième match décisif. Pour faire face à Mikhaïl Youzhny, Forget décide d'envoyer PHM au front pour arracher le point de la victoire. D'ailleurs, tout commencera de la meilleure des manières pour l'ancien pensionnaire de l'Académie Bollitieri, qui prend rapidement les devants en menant deux sets à zéro face à un adversaire qui a le même âge que lui. Hélas, dos au mur, Youznhy décide de lâcher ses coups et revient progressivement dans la partie. Le doute s'installe, alors, dans la tête de PHM, qui commence à craquer progressivement. Dans le camp français, les mines se font graves, tandis que les russes se montrent euphoriques. Au bout du compte, Youzhny arrache le point de la Coupe pour ses compatriotes, sous les yeux d'un Boris Eltsine euphorique. Paulo, inconsolable, enfile sa tête sous sa serviette pour essuyer ses larmes. Surtout, le jeune français de vingt ans estime qu'il est responsable de la défaite de son équipe. Ainsi, ce 2 décembre 2002 marquera un véritable frein dans la carrière de celui qui avait été élu "Révélation du circuit" par l'ATP. Il faudra plusieurs mois au français pour reprendre confiance et digérer cette douloureuse défaite et près de trois ans et demi pour retrouver une place au sein du top 30. 

Un genou à terre, mais un autre pour se relever

Après des années 2007 à 2009 passées tranquillement dans le top 30, une autre mésaventure vient faucher Paul-Henri Mathieu, qui se trouve, alors, en pleine force de l'âge. En 2010, le natif du Bas-Rhin est préoccupé par une douleur au genou qui subsiste semaine après semaine. Dans l'incapacité de défendre ses chances convenablement, le joueur français descend progressivement dans la hiérarchie du tennis mondial et doit se résoudre, fatalement, à se faire opérer du genou. La convalescence sera longue et douloureuse (voir le reportage d'Intérieur Sport dans la vidéo ci-dessous). Pendant la totalité de l'année 2011, Paulo travaille d'arrache-pied pour rétablir son genou douloureux. Pour ne pas perdre de sa technique, il tape, d'abord, la balle en étant assis sur une chaise, la jambe gauche étendue sur un banc. 

La délivrance, elle, vient l'année suivante à Roland-Garros. Invité par l'organisation du tournoi, Mathieu hérite de John Isner pour son retour sur les courts de la Porte d'Auteuil. Face au géant américain au service surpuissant, PHM prend son mal en patience. Poussé au cinquième set, et porté un public entièrement à sa cause le revenant attend que la machine à servir rouille (sur le 34ème jeu du cinquième set) pour asséner le coup fatal au bout de 5 heures et 41 minutes. Après ce parcours homérique à Paris, PHM retrouve petit à petit le top 100.

 

Le dernier pari

Malgré les blessures récurrentes, malgré la maladie de sa femme et lâché progressivement par les sponsors, PHM continue, malgré tout, de s'accrocher et signe quelques coups d'éclat sur le circuit. Alors qu'il vague légèrement sous le top 100, la FFT décide, début mai, de ne pas lui accorder une Wild-Card pour le dernier Roland-Garros de sa carrière, au motif qu'il ne représenterait  pas l'avenir. Cette dure décision, ainsi de la manière dont elle est justifiée, provoque un tollé dans le monde de la balle jaune. Des joueurs français du circuit, dont Jo-Wilfried Tsonga, regrettent ce choix de la FFT et prennent la défense d'un joueur qui n'a pas démérité tout au long de sa carrière. PHM, quant à lui, se montre dans un premier temps mutique et n'a qu'une chose en tête: passer les qualifications pour s'offrir une dernier match de carrière à Roland sur un gros court.  Lors des qualifications, le joueur de 35 ans fait sien le court n°6 de Roland-Garros et fait vibrer le public présent sur place. Que ce soit face au Japonais Ito, au Colombien Gonzalez , ou à l'Américain Denis Kudla au dernier tour des qualifs, PHM a fait valoir son expérience dans une ambiance de folie (peut-être, la plus grosse ambiance de ces qualifications). Après avoir passé sans accroc ce tournoi préliminaire, PHM se défoule en nous assénant la première punchline de ce Roland-Garros à destination de la FFT et de son nouveau président, Bernard Giudicelli

"Personne ne pouvait priver Papa d'un dernier Roland-Garros"

Même si cette dernière partie se sera soldée par une défaite cuisante face à David Goffin, elle ne doit, en rien, nous faire oublier les excellents moments que nous avons partagés avec Paulo à la Porte d'Auteuil. De son premier huitième de finale en 2002 à ses qualifications bouillantes cette année, en passant par son match de malade face à Rafa eu troisième tour de l'édition 2006 ou à son retour victorieux face à Isner en 2012, le Strasbourgeois nous aura fait vibrer comme des porcs pendant quinze ans. Salut l'artiste!