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Le Court Central

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15 mois après

15 mois après

Après une suspension de 15 mois suite à un contrôle positif au meldonium, Maria Sharapova va effectuer son grand retour sur les courts ce mercredi à Stuttgart. Si cet évènement devrait ravir la fanbase toujours aussi importante de la charismatique joueuse russe, le retour aux affaires de l'ancienne numéro un mondial laisse aussi bien le circuit que certains spécialistes perplexes. Alors, ce come-back va t'il marquer une renaissance ou va t'il, au contraire amorcer la fin de la carrière de Sharapova?

15 mois après

Cette semaine, la fine fleur du tennis féminin se retrouve à Stuttgart pour disputer le premier gros tournoi de la saison sur terre-battue. Si le public portera aux nues la star locale et numéro une mondiale Angelique Kerber, la principale attraction du tournoi ne sera ni la joueuse allemande, ni la Porsche promise au vainqueur du tournoi mais une joueuse qui n'a plus de classement ni de points WTA. Toutefois, sous les apparences, Maria Sharapova n'est en rien une joueuse lambda du circuit. Elle, dont les cris stridents, la longiline silhouette d'1m88, la froide élégance et la chevelure blonde sont reconnaissables parmi tant d'autres, figure comme l'une des joueuses les plus charismatiques du circuit. Cette célébrité dépasse d'ailleurs la sphère tennistique et la consacre comme l'une des sportives les plus "bankables" au monde, comme le montrent les nombreux contrats juteux que la Russe a signés avec des enseignes comme Nike, Evian, ou Porsche ou ses nombreuses apparitions aux abords des principaux défilés de mode. Alors pourquoi cette venue intrigue tant?

Tout simplement, ce retour fait suite à une suspension de quinze mois liée à un contrôle positif au meldonium, et l'annonce de cet imprévu avait provoqué une déflagration sur le circuit. Ainsi, quelques joueuses, comme notre Kiki Mladenovic ou Dominika Cibulkova, n'ont témoigné aucune compassion avec celle qu'on décrit comme distante avec ses paires du circuit et les médias. Pendant ces quinze mois de suspension, Sharapova a profité de la vie, à défaut de fouler les courts du monde entier : la Russe a, ainsi, confessé qu'elle n'avait jamais autant bu de sa vie en sa raison de sa nouvelle vie sociale, a beaucoup voyagé et s'est rendue dans les plus grandes soirées mondaines. De plus, en qualité de femme d'affaires, "Masha" a suivi un cursus universitaire à Harvard, continué de faire la promotion de ses bonbons Sugarpova, et a crée une gamme de produits de bronzage. Toutefois, Sharapova n'a pas quitté le tennis des yeux durant cette longue parenthèse. Selon les dires de son préparateur physique français dans un célèbre magazine tennistique, la native de Nyagan a profité de cette longue coupure pour bosser son jeu au filet avec son nouveau sparring-partner. De même, l'ancienne numéro une mondiale s'est essayée avec succès au yoga, aux pilates et au vélo d'appartement. 

Si son contrôle positif restera irrémédiablement inscrit sur son CV (même si le TAS a reconnu qu'elle ne prenait pas de meldonium pour améliorer substantiellement ses performances sportives), Sharapova devrait effectuer un retour plus remarqué que ceux qui ont vécu les affres d'une situation similaire. Ainsi, pour préparer sa rentrée, la Russe, d'habitude très distante avec les médias, a accordé des interviews à de grands titres de presse (comme le Times Magazine ou le NY Times) , a posé en une de Vanity Fair, et a même écrit (ou fait écrire) une autobiographie narrant sa mésaventure. On est loin du retour confidentiel de Mariano Puerta, joueur argentin avait été convaincu pour dopage à la suite de sa finale perdue à Roland-Garros contre Rafa (en 2005, ndlr). Ensuite, pour marquer le coup, Nike, avec qui Sharapova est lié par un contrat de 70 millions de dollars, a préparé depuis plusieurs mois la tenue de la championne russe explicitement appelée: "Renaissance". Bien sûr, cette opération médiatique, digne des opérations de promo des plus grands films hollywoodiens, a plusieurs visées. Tout d'abord, cela vise à redorer l'image de la championne, déjà peu appréciée des journalistes et des ses paires. Ensuite, cette opération marketing s'apparente à une opération de lobbying pour rejouer Roland-Garros et retrouver au plus vite les sommets. 

Ce numéro de charme de la diva russe semble, pour le moment, fonctionner à merveille, du moins chez les organisateurs de tournoi, et les médias. Pour le moment, et à l'heure où le tennis féminin a du mal à fabriquer des stars, les tournois de Stuttgart, de Madrid et de Rome lui ont accordé une wild-card, en sachant que sa venue va créer un buzz et attirer la foule. Le président fraîchement élu de la FFT, Bernard Giudicelli, lui, attend le 15 mai pour faire part de sa décision d'accorder (ou non) une invitation à celle qui a remporté le tournoi de la Porte d'Auteuil en 2012 et en 2014. Le Corse se retrouve, d'ailleurs, dans de beaux draps: d'un côté, il devra prendre en compte l'ensemble des doléances des joueurs et joueuses françaises et frapper un grand coup trois mois avoir été élu, et de l'autre, se coucher afin de vendre au mieux le tournoi féminin.  En revanche, les autres paires de Sharapova ne lui dérouleront certainement pas le tapis rouge aujourd'hui. En effet, si certains, comme Roger Federer ou Venus Williams (qui sont représentés par la même agence que celle de la Russe) soutiennent la Russe dans son retour, d'autres, à l'instar d'Andy Murray, Caroline Wozniacki ou Jo-Wilfried Tsonga émettent des réserves. Pour eux (comme pour d'autres joueurs), ce n'est pas le principe de retrouver les courts qui pose problème, mais c'est celui d'obtenir aussi facilement des invitations aux plus grands tournois du monde après un contrôle positif. Cet étrange traitement de faveur est d'ailleurs soulevé par Pauline Parmentier, 64ème joueuse mondiale, dans des propos recueillis pour le site du quotidien L'Equipe:

 

«Sharapova a beaucoup apporté au tennis. On ne va pas se mentir, elle fait vivre ce sport. Qu'elle revienne ne me gêne pas, elle a payé avec ses quinze mois de suspension. Mais qu'elle bénéficie de wild-cards est plus gênant. En clair, on l'aide après qu'elle a été prise pour dopage. Ça me fait tiquer. Parce que, si ça nous arrivait à nous, les wild-cards, on pourrait les oublier...

"Retour de Sharapova, Avis défavorables", L'Equipe.fr, 25 avril 2017

Toutefois, indépendamment de son lobbying,  Maria Sharapova peut-elle revenir auxsommet, à la suite de cette très longue absence? Notre avis reste nuancé. D'un côté, Maria Sharapova possède une expérience du circuit inégalable. En effet, à part Serena Williams (qui sera absente des courts jusqu'à 2018 suite à sa grossesse), personne ne peut se targuer d'avoir empoché cinq titres du Grand Chelem sur le circuit et 12 titres Premier (l'équivalent des Masters 1000 chez les hommes). De plus, dans les moments (encore actuels) où le tennis féminin voit arriver des étoiles filantes, la grande blonde d'1m88 a toujours su rester au top et renvoyer à leurs études celles qui voulaient posséder le même style de jeu qu'elle. D'ailleurs, on ne peut s'empêcher de penser au retour pharamineux (certes, dans un contexte bien différent) qu'effectue Roger Federer en ce début de saison. Le Suisse, qui a loupé la quasi-totalité de la saison 2016 à cause d'une blessure au genou, a profité de son absence pour se ressourcer mentalement et transformer son revers à une main en une arme redoutable grâce à une allongement de son tamis et une prise de balle plus précoce. Ainsi, malgré ses trente-cinq printemps, Federer a su se réinventer suffisamment pour rester dans le coup face à une jeunesse ambitieuse qui pointe le bout de son nez et face à ses rivaux historiques. De la même manière, Sharapova pourrait très bien débouler sur le circuit avec une volée et un service amélioré, et avec la faim de prouver aux autres qu'elle n'a pas volé son prestigieux palmarès. Enfin, même si le contexte actuel demeure bien différent, Maria Sharapova a déjà réalisé un come-back survenu après une longue absence du circuit. En effet, en juin 2009, l'ancienne élève de l'académie Bollietieri était revenu au sommet après avoir été sur le flanc suite à une sévère blessure à l'épaule. Deux ans plus tard, elle regagna le top 10 avant de soulever son premier titre à Roland en 2012.

Toutefois, la forte homogéinité qui règne sur le circuit féminin, ainsi que l'avènement de certaines joueuses comme Karolina Pliskova, Madison Keys ou Coco Vandeweghe (qui sont capables de servir aussi fort que Serena Williams et d'envoyer des parpaings du fond du court) peuvent ralentir, sinon compliquer, le retour au premier plan de la belle blonde venue du pays du froid. Ensuite, pendant quelques mois, Sharapova va devoir s'acclimater à des joueuses face auxquelles elle n'a pas joué depuis longtemps (comme Cibulkova, Muguruza, Kerber) voire quasiment jamais (Pliskova, Konta) et qui ont changé de dimension lors de son absence. En effet, pendant que l'ambassadrice des Jeux d'hiver de Sotchi prenait son temps loin des courts, Kerber remportait deux majeurs et prenait la première place mondiale à Serena Williams, Muguruza remportait Roland-Garros (en battant Serena en finale) et continuait de progresser, Pliskova et Konta commençaient à crever l'écran sur le circuit et Cibulkova effectuait un retour hors-norme sur le circuit. 

 

En tout cas, comme beaucoup de passionnés de tennis, on attend de pied ferme le retour de l'une des plus grandes championnes de ce siècle. De même, on est curieux de voir l'accueil qui  sera réservé à la désormais trentenaire par le public, les médias et les joueuses sur les premiers tournois qu'elle disputera. Tout cela va nous permettre de répondre à la question suivante: Sharapova sera-t'elle encore perçue comme un diva du circuit ou commencera-t'elle à ouvrir sa carapace pour reconquérir les sommets?