Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Le Court Central

Le Court Central

Menu
La Chine, nouvel eldorado du tennis?

La Chine, nouvel eldorado du tennis?

Chaque année, dans le cadre de la tournée asiatique qu se déroule entre fin septembre et mi-octobre, les joueurs et joueuses du circuit ATP et WTA se rendent en Chine pour disputer des tournois qui gagnent en prestige. Cette année encore, deux tournois chinois ont fait leur apparition sur le tour masculin tandis . Pourtant, ce dynamisme infranstructural tranche avec le manque d'intérêt du tennis des Chinois ainsi que des faibles performances des joueurs de l'Empire du Milieu.

Vue aérienne du court central du Qizhong Forest Hills Arena, hôte du Masters 1000 de Shanghaï (source photo: nordenergi.org/

Vue aérienne du court central du Qizhong Forest Hills Arena, hôte du Masters 1000 de Shanghaï (source photo: nordenergi.org/

Des infrastructures impressionnantes...

 

 La première chose qui ressont dans les tournois chinois est la qualité de leurs infrastructures tennistiques. En effet, il suffit de regarder le site qui accueille le Masters 1000 de Shanghaï (avec son central à la forme d'une fleur) ainsi que les installations du tournoi de Wuhan pour se rendre compte que les Chinois ne transigent pas pour offrir les meilleures conditions de jeu possibles aux joueurs. Ainsi, à Wuhan (tournoi dont la première édition s'est tenue en 2014 et qui est, déjà, l'un des plus gros tournois de l'année derrière les quatre GC), près de 200 millions d'euros ont été investis pour faire sortir de terre un complexe flambant neuf de 10,3 hectares dans la province industrielle de Hubei. D'ailleurs, le court central du complexe de Wuhan compte 15000 places, soit autant que le Philippe-Chatrier à Roland-Garros.

 Afin de proposer des tournois qui comptent dans la planète tennis, les différents organisateurs des tournois n'hésitent pas à sortir la planche à billet pour attirer les meilleurs joueurs du monde. En comparant les prize money des différents tournois chinois avec les autres tournois du circuit, on se rend compte que:

-Shanghaï affiche la troisième plus grosse dotation des Masters 1000, derrière Indian Wells et Miami (qui, faut-il le rappeler, se tiennent sur une dizaine de jours chacun).

- Pékin (chez les hommes), avec près de trois millions de dollars de prize-money, est le tournoi ATP 500 le plus généreux du circuit.

- Chez les femmes, Pékin talonne Indian Wells et Miami, tandis que Wuhan possède déjà un prize-money équivalents à des tournois comme Rome, Cincinnati ou Dubaï/Doha.

-Parmi les WTA Internationals (l'équivalent des ATP250), quatre émargent à 500K$ de prize-money, dont Tianjin et Shenzen.

De plus, la Fédération Chinoise fait appel au savoir-faire de pays étrangers. Ainsi, depuis plusieurs années, les fédérations chinoises et françaises de tennis ont établi des partenariats de telle sorte que des ramasseurs chinois puissent venir à Roland-Garros tandis que des ramasseurs français ont eu la chance de faire le trajet inverse lors de la tournée asiatique. De même, à Wuhan, la superviseuse des ramasseurs est française. 

Toutefois, l'impressionnant gigantisme exposé par les infrastructures chinoises n'ont rien d'étonnant lorsque vous regardez l'incroyable dynamisme de l'urbanisme chinois (même si, depuis quelques années, on voit qu'une bulle est en train de se créer). Par exemple, à Shanghaï, ville de 18 millions d'habitants, on estime qu'un immeuble de 40 étages se construit tous les ans (notamment parce que de plus en plus de Chinois peuplent les villes). Ainsi, cela explique pourquoi la construction représente près de 15% du PIB chinois.

...Mais une relève qui tarde à arriver.

 

 Si les installations chinoises ont de quoi faire tourner la tête de nombreux observateurs de tennis, les joueurs de l'Empire du Milieu peinent encore à s'imposer sur le circuit. Quand on pense au tennis chinois, beaucoup d'entre nous se souviennent d'une joueuse en particulier: Na Li, vainqueur de Roland-Garros en 2011 et de l'Australian Open en 2014. Beaucoup de gens peuvent penser qu'à travers les différents succès de l'ancienne deuxième joueuse mondiale, il y a la réussite du système tennistique chinois. Toutefois, l'emblématique joueuse chinoise ne s'est jamais vraiment sentie en phase avec les instances tennistiques de son pays et s'est toujours dissociée de son pays quand elle effectuer des remerciements lors des différentes cérémonies de trophées auxquelles elle a assisté. Si bien qu'en 2008, elle a décidé de plier bagages et s'exiler en Europe avec son mari et entraîneur et a engagé un bras de fer avec la bureaucratie chinoise pour ne verser que 8% de ses gains à sa fédération de tennis (au lieu de 65%). 

En dehors de Na Li, et dans une moindre mesure Jie Zheng (demi-finaliste de Wimbledon en 2008 et de l'Australian Open en 2010), le tennis chinois reste discret sur le plan mondial. Aujourd'hui, trois joueuses chinoises (dont une seule, Zhang, dans le top 50) sont membres du top 100, tandis qu'aucun joueur chinois ne fait partie du top 100 de l'ATP (le meilleur chinois, Di Wu, est classé 182e joueur mondial à 25 ans). Pour remédier à ces performances plutôt confidentielles, la Chine s'est inspiré du modèle canadien et a accueilli des entraîneurs étrangers pour dynamiser sa Fédération de tennis. Ainsi, c'est le français Guillaume Peyre (ex-entraîneur de Richard Gasquet et de Marcos Baghdatis) qui est le responsable de la formation au haut niveau du tennis chinois. Ce dernier a tout de suite identifié le problème qui s'imposait en Chine: le travail et la préparation des meilleurs éléments chinois n'étaient pas en adéquation avec une logique de haut-niveau, parce que ces derniers étaient trop paresseux. Ainsi, au début de la décennie, le meilleur joueur chinois émergeait aux alentours de la 800ème place mondial, tandis qu'aujourd'hui, la Chine compte deux joueurs parmi les 200 premiers. Même si les efforts de la Fédération Chinoise sont à souligner, cette dernière possède, toutefois, encore du retard, comparé à d'autres pays asiatiques comme le Japon ou la Corée du Sud. De même, on ne trouve pas de joueurs prometteurs chinois parmi les meilleurs juniors. Pour remédier à cela, il faudrait construire plus de courts de tennis pour permettre aux Chinois d'apprendre le tennis dans les meilleures conditions possibles (et non en partageant un court pour trente élèves), et former des enseignants chinois (en développant, par exemple, des échanges avec d'autres fédérations de tennis).

 

Le tennis, un sport (encore) assez confidentiel dans les foyers chinois.

  Pour développer le tennis en Chine, et faire, qu'un jour, le rêve d'un tournoi du Grand Chelem chinois soit crédible, il faut, avant tout, commencer par développer un engouement pour le sport de la petite balle jaune au sein des foyers chinois. L'année dernière, les autorités chinoises ont recensé 14 millions de joueurs: un chiffre assez conséquent (surtout, qu'il y a 30 ans, on ne comptait qu'un million de passionnés de tennis) qu'il faut, cependant, mettre en parallèle avec la population globale de 1300 millions d'habitants. Depuis de nombreuses années, l'Etat et des associations tentent de promouvoir la pratique du tennis, qui n'est pas aisée au vue de la densité de terrain qui existe pour une population aussi grande.

Toutefois, quand on regarde les différents matchs se déroulant en Chine, on est interloqué par le faible nombre de spectateurs présents dans les gradins.Cela peut s'expliquer par le fait que le tennis reste un sport réservé pour les élites, dans un pays qui voit, à peine, émerger une classe moyenne. De même, d'autres sports (de raquette) bénéficient d'une plus grande popularité que le sport de la petite balle jaune: ainsi, le badminton, le tennis de table, le basketball ou la gymnastique demeurent plus populaires dans les foyers chinois et les athlètes de ces sports (Li Ning, Yao Ming) sont de véritables icônes dans l'Empire du Milieu. Alors oui, la victoire de Na Li à Roland-Garros avait fait la une des journaux chinois. Cependant, derrière, les instances tennistiques du pays de Confucius n'ont pas réussi à installer une véritable dynamique dans leur formation. Finalement, on devra, sans doute, attendre l'émergence d'une deuxième légende du tennis chinois pour installer définitivement la deuxième puissance économique mondiale dans les bons rails du circuit tennistique.