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Le Court Central

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Wawrinka & Kerber, les éloges de la patience

Wawrinka & Kerber, les éloges de la patience

Stan Wawrinka et Angélique Kerber ont tous deux remportés le dernier Majeur de la saison. Si le Suisse a écoeuré Novak Djokovic comme il l'avait fait à Roland il y a plus d'un an, la joueuse allemande a été sacrée pour la deuxième fois en Grand Chelem cette année et accède à la première place mondiale. Tous deux confirment une tendance qui se met en place depuis plusieurs années: il n'est jamais trop tard pour briller.

Stan Wawrinka et Angelique Kerber, vainqueurs de l'US Open (Getty Images/Mike Stobe)

Stan Wawrinka et Angelique Kerber, vainqueurs de l'US Open (Getty Images/Mike Stobe)

Cette année, New-York a décidé de faire vivre un rêve américain à deux seconds couteaux du circuit. En effet, jusqu'au week-end dernier, Kerber et Wawrinka étaient considérés comme des outsiders (même si c'est un peu moins vrai pour le Suisse), évoluant chacun dans l'ombre de Serena Williams, Novak Djokovic, Andy Murray, Rafael Nadal ou Roger Federer. Ces deux joueurs ont longtemps attendu avant de figurer aux avants-postes, et il y a fort à parier que des opportunités de briller sont encore devant eux.

 

Wawrinka, ce précurseur

 

Alors, oui, certains s'esclaffent lorsqu'ils lisent que Wawrinka était jusque-là un outsider. Certes, le suisse, qui avait déjà gagné deux titres du Grand Chelem, n'est pas un joueur lambda du circuit. Pourtant, en début de tournoi, lorsqu'on demandait qui était le favori pour la victoire finale, les noms de Murray, de Djokovic, voire celui de Nadal, revenaient avec insistance. Wawrinka, malgré sa progression permanente, semblait cantonné au rôle de trouble-fête, mais jamais comme celui de favori. Ainsi, malgré son changement de dimension en 2013, Wawrinka porte encore cette étiquette d'outsider, qui le suit depuis le début de sa carrière. Longtemps membre du top 15 aux ambitions mesurées, Wawrinka a, également, évolué pendant des années dans l'ombre de la légende locale du pays: Roger Federer. Soudain, en 2013, après des rencontres épiques contre Djokovic à l'Australian Open et à l'US Open, Stanimal se rend compte de son talent et met les bouchées doubles avec un entraîneur qui lui sied à merveille: Magnus Norman. Les résultats ne tardent pas à arriver: en janvier 2014, alors qu'il s'approche de ses vingt-neuf ans, Wawrinka vient à bout de Novak Djokovic en quarts de finale de l'Open d'Australie, avant de soulever son premier trophée majeur quelques jours plus tard.

Un an plus tard, à Roland-Garros, l'histoire se répète: après une victoire contre Rafael Nadal en quarts de finale, rien ne semble arrêter Novak Djokovic dans sa course pour le seul tournoi du Grand Chelem qu'il manquait à son palmarès. En finale, il retrouve un Wawrinka très serein et vit rapidement un vrai cauchemar face aux frappes lourdes du Vaudois. A ce moment-là, Stan the Man compte autant de tournois du Grand Chelem qu'Andy Murray. Toutefois, la différence d'image entre l'écossais et Wawrinka s'explique par la longévité du Muzz au plus haut niveau et par le nombre de finales et de titres en Masters 1000 (sans compter les JO) qui rendent le Britannique incontournable dans la galaxie du tennis moderne.

Mais il en faut plus pour briser l'élan de Wawrinka, surtout que ce sont dans les moments où on l'attend le moins que le francophone aime particulièrement briller. En effet, 2016 était bien partie pour décevoir les supporters du vaudois. En effet, le troisième joueur mondial n'avait remporté que deux tournois plus ou moins mineurs et avait réalisé des performances en Grand Chelem guère embalante. Toutefois, comme à son habitude, Wawrinka a fait son bonhomme de chemin et a laissé la pression aux favoris des principaux observateurs du tennis (et au Coca). Certes, le début n'a pas été glorieux, comme le prouve cette balle de match sauvée face au modeste joueur britannique Daniel Evans au troisième tour. Toutefois, l'helvète a profité de la venue de la deuxième semaine pour passer la deuxième et devenir de plus en plus intouchable. Ainsi, nous l'avons observé essorer Juan Martin Del Potro, qui jouait un tennis euphorique depuis son retour sur les courts, et écoeurer Kei Nishikori (tombeur de Murray à NY et finaliste sur deux Masters 1000 sur dur cette année) en demi-finales. En finale, après avoir craqué nerveusement cinq minutes avant l'ultime échéance et après avoir réalisé une mauvaise entame de match, Wawrinka s'est montré attentiste et a élevé son niveau de jeu au moment où les premières failles ont commencé à dérégler la mécanique serbe. Ainsi, à partir de la fin du premier set, Stanimal en a fait voir de toutes les couleurs à Djokovic, qui ne trouvait plus de solutions pour contrecarrer les plans du troisième joueur mondial. Au final, cette victoire à l'US Open semble placer définitivement Wawrinka comme un joueur incontournable de cette décennie et prouve que le Suisse doit toujours être à considérer parmi les favoris à la victoire finale. 

Kerber, la disciple

 

Contrairement au circuit masculin, les jeunes joueuses peuvent rapidement monter les échelons au sein des différents tournois du WTA Tour. Ainsi, même si de plus en plus de joueuses s'affirment comme des taulières qui siègent en permanence aux avants-postes (les Williams, Radwanska, Cibulkova, Kuznetsova, Azarenka), d'autres joueuses plus jeunes sont pressées de prendre la relève. C'est le cas, notamment, de Madison Keys (21 ans), Garbine Muguruza (22 ans), de Belinda Bencic (19 ans)qui s'affirment comme les stars du tennis de demain. Entre ces deux catégories se situait Angelique Kerber. En permanence (ou presque) dans le top 10 depuis 2012, l'Allemande traçait, jusqu'à cette année, une route qui n'a connu ni mauvaises surprises, ni véritables coups d'éclat. Pourtant, un déclic a eu lieu cet hiver chez la native de Dresde. Pour compenser son manque de puissance, Kerber a travaillé de manière très intense son jeu de jambes pour améliorer son jeu de contre. Ainsi, les résultats de son travail ont payé dès l'Australian Open, où elle a fait déjouer Serena Williams en finale pour soulever son premier titre Majeur.

Cependant, le plus impressionnant reste la digestion de cet avènement, qui peut rapidement se transformer en un véritable boulet. Les exemples ne manquent pas pour montrer l'impressionnante décompression qui suit un premier sacre en Grand Chelem (ou du moins une finale ou une demi-finale): Ivanovic en 2008, Kvitova et Stosur en 2011, ou Muguruza cette année. Or, on a eu l'impression que cette victoire a galvanisé Kerber, malgré un printemps délicat marqué par une élimination précoce à Roland-Garros. En effet, depuis le début de l'année, Kerber est arrivé sept fois en finale de tournoi (ce qui est colossal), dont trois fois en Grand Chelem, et a décroché une médaille olympique à Rio. Pour vous donner une idée de comparaison, Serena Williams n'a disputé que huit tournois cette année, pour ne gagner que deux titres. De plus, si son triomphe australien a été analysé comme une surprise, on a vu l'allemande s'imposer comme une patronne à New-York et dégager une sérénité de dingue dans chacune de ses victoires.  Forcément, les performances excellentes et régulières de Kerber constituent un argument de poids pour la légitimité de sa place de numéro une mondiale. Même si le plus dur reste de confirmer, il y a fort à parier que l'expérience acquise par Kerber sera un atout indéniable pour l'aider à perdurer sur le circuit.