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Le Court Central

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Pourquoi les Fancy Bears ne sont que de la fumée.

Pourquoi les Fancy Bears ne sont que de la fumée.

Après le scandale des matchs arrangés (qui a fait pschitt) et le contrôle positif de Maria Sharapova au meldonium, les fuites des hackers russes des Fancy Bears font grand bruit dans le monde du sport, et notamment dans celui du tennis. Toutefois, nous allons démontrer que les ordonnances publiées par les hackers ne témoignent en rien d'une pratique dopante des joueurs de tennis concernés.

Serena Williams (Getty Images, Thomas Concordia)

Serena Williams (Getty Images, Thomas Concordia)

Qui sont les Fancy Bears?

 

Les "Fancy Bears" désigne un groupe de hackers russes, qui ont piraté les données de l'AMA (Agence Mondiale Antidopage). Depuis le début de la semaine, ils ont dévoilé les ordonnances de certains grands champions, médaillés à Rio, qui autorisaient l'usage de produits rentrants dans la liste des produits dopants. Ces fuites ont suscité un véritable tollé dans le monde du sport, que ce soit de la part du CIO (même si ce dernier n'est pas totalement exempt de reproches) ou du professeur McLaren, dont le rapport a dévoilé les dessous du programme de dopage russe lors des JO de Sotchi. Même si le gouvernement russe a condamné ces fuites, le Kremlin est fortement suspecté d'être à l'origine de ces leaks. On rappelle que ce dernier est à l'origine d'une véritable programme de dopage d'Etat réalisé lors des JO de Sotchi, et les lanceurs d'alerte de ce scandale ont reçu de nombreuses menaces de morts.

 

Les joueurs de tennis sont-ils concernés?

 

Oui. Parmi les sportifs concernés, on compte la phénoménale gymnaste américaine Simone Biles, le dernier vainqueur du Tour de France Christopher Froome, ou Bradley Wiggins. Les joueurs de tennis figurent, également, parmi les cibles de ces fuites. En effet, pour le moment, les dossiers des soeurs Williams, de Petra Kvitova (médaillée de bronze à Rio), et d'Anna-Lena Friedmann, et de Rafael Nadal ont été révélés, avec des AUT (Autorisation d'usage à des fins thérapeutiques, qui ne peuvent être délivrées que par un médecin agrée) autorisant la prise de médicaments contenants des substances classées dopantes par l'AMA.

 

Produits prescrits: simple remède ou moyen avéré de dopage pour les joueurs de tennis?

 

Le seul moyen de répondre à cette question est de prendre chaque joueur de tennis au cas par cas:

- Rafael Nadal s'est vu administré de la tetracosactide du 30 juillet 2012 jusqu'au 8 août de cette même année, qui est un stimulateur hormonal. Or, à cette période, l'espagnol était éloigné des courts à cause d'une blessure au genou contractée lors du tournoi de Wimbledon qui se jouait à la fin du mois de juin de cette même année. Ainsi, entre le 30 juillet et le 8 août 2012, Rafael Nadal n'était pas sur le circuit, puisque, blessé au genou, il avait dû renoncer aux JO de Londres. De plus, on voit que cette ordonnance a été rédigée par le docteur Stuart Miller, un médecin américain affilié à la Fédération International de Tennis. A moins que cette dernière soit schizophrène, on ne voit pas comment l'ITF autoriserait la pratique d'un médecin convaincu pour dopage.

De même, on voit que de la bétaméthasone lui a été prescrit en tant qu'analgésique entre le 23 septembre et le 25 septembre 2009. On se souvient que la deuxième partie de saison 2009 de l'Espagnol a été marquée par des problèmes aux genoux. De plus, quand on regarde le calendrier 2009 de l'Espagnol, on voit qu'il ne jouait pas de tournois durant ces trois jours, et il avait même déclaré forfait pour le tournoi de Bangkok disputé entre le 28 septembre et le 4 octobre 2009. Là encore, cela lui a été prescrit par le médecin de l'ITF, le Dr Stuart Miller. Donc, parler de dopage pour ces deux prescriptions, on repassera.

- Serena Williams a bénéficié de plusieurs ordonnances. La première publiée concerne un emploi de prednisolone entre le 5 et le 10 juin 2015, ce qui coincide avec la finale de Roland-Garros 2015 (qu'elle avait gagnée contre Lucie Safarova). Cela a de quoi interpeller, mais pour ceux qui ont une longue mémoire, on se souvient que beaucoup de monde l'avait soupçonné de feindre une blessure lors de sa demi-finale contre Bacsinszky le 4 juin 2015. On peut, donc, penser que cette blessure était réelle. Là encore, cette ordonnance a été réalisée par le Dr Stuart Miller, le médecin de l'ITF.

Ensuite, une deuxième ordonnance fait état de l'utilisation de méthylprednisolone le 27 novembre 2010. Cependant, il se trouve que Serena Williams s'est blessée au pied en célébrant son titre à Wimbledon en 2010. La plaie, causée par un gros bout de verre, s'est infectée et a laissé Williams sur le carreau pendant près d'un (entre juillet 2010 et juin 2011). En mars 2011, elle avait failli passer l'arme à gauche à cause d'une embollie pulmonaire. Donc, on peut supposer que les médicaments qui lui ont été prescrits aurait pu lui servir comme traitement pour soigner sa patte douloureuse (ou pour un rhume).

Ensuite, du prednisone (utilisé pour de nombreux maux, comme des rhumatismes) lui a été prescrit entre le 12 mars et le 19 mars 2014. Or, le 12 mars, Williams ne jouait pas, puisqu'elle était blessée au dos (depuis Dubaï au début de ce mois de mars 2014) et elle boycottait encore le tournoi d'Indian Wells. Donc, on voit que la prescription correspond à son état de forme à ce moment-là. De plus, quelques semaines plus tard, Williams se blesse à la cuisse lors du tournoi de Madrid (disputé entre le 5 et le 11 mai 2014) et abandonne en quarts de finale. Or, le 7 mai, elle se voit prescrire par le médecin de l'ITF du prednisone, ce qui semble correspondre au timing de sa blessure. On conclut donc que ces prescriptions intervenaient au moment où Williams manifestaient de réelles blessures.

- Venus Williams s'est largement vu prescrire en 2011 et 2012 du prednisolone, du prednisone, et du triamcilonone (le 9 août 2011, le 17 août, le 23 décembre, le 5 avril 2012, le 12 juin, et le 19 juillet). Or, au milieu de l'année 2011, les médecins ont découvert que la joueuse américaine était atteinte du syndrome de Sjorgen, qui est une attaque des globules blanc sur les glandes de sécrétion exocrine (qui expulse leur substance de sécrétion), et qui cause de l'arthrite. Or, des médicaments comme le prednisone, le prednisolone ou le triamcilonone peuvent être conseillés pour soigner cette maladie. Donc le dopage n'a pas encore marqué de points

- La joueuse américaine Bettanie Mattek-Sands a vu également ses prescriptions fuiter. Toutes prescrivent un même produit: l'hydrocortisone depuis décembre 2012. Or, Mattek-Sands a subi quelques opérations depuis cette date, dont une au genou en septembre 2012, une à la hanche en mai 2013, et avait manqué la quasi-totalité de la saison 2014 encore à cause une blessure à la hanche. Forcément, ces blessures ont laissé des séquelles douloureuses. Donc, la prescription de cortisone, qui semble régulière, semble logique pour soulager les douleurs de cette fantasque spécialiste du double.

En revanche, on n'a pas réussi à trouver des informations concernant les blessures de Kvitova et de Laura Siegmund en 2009, donc on ne peut se prononcer quant à leur cas respectif.

 

Le verdict

 

Au final, on a réussi à prouver que, sur les six joueurs mis en cause, aucun ne semble prendre ces médicaments pour dopage. Quatre d'entre eux ont pris des produits contenant une substance dopante, mais de manière encadrée par l'ITF pour soigner une blessure. Alors, oui, on vit dans un climat de méfiance envers les sportifs, surtout depuis les scandales de dopage qui ont ébranlé le cyclisme, l'athlétisme et, surtout, le sport russe. Oui, certains sportifs utilisent des produits qui ne sont pas considérés comme dopants (la carnitine). Cependant, la plupart des sportifs travaillent dur tous les jours pour réaliser leurs exploits. Malheureusement, la plupart des spectateurs l'oublie, et c'est dommage.