Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Le Court Central

Le Court Central

Menu
EXCEPTIONNEL!!!

EXCEPTIONNEL!!!

Au terme d'un véritable thriller de plus de quatre heures, Lucas Pouille a déjoué TOUS les pronostics en signant la première victoire de prestige de sa carrière face à Rafael Nadal (6/1 2/6 6/4 3/6 7/6). A New-York, une étoile vient définitivement de naître et elle assure la présence de trois français en quarts de finale de cet US Open 2016. On tient le match de l'année!

Lucas Pouille, tout simplement monstrueux (Crédits Photo: Getty Images)

Lucas Pouille, tout simplement monstrueux (Crédits Photo: Getty Images)

Depuis plusieurs années, la relation qu'entretiennent les joueurs français avec Rafael Nadal est similaire à celle des footballeurs tricolores envers la NationalManschaft: dans les grandes compétitions, ça finissait toujours mal. Ainsi, jusqu'à ce soir, le seul qui était parvenu à bout du Tétard des Baléares était Jo-Wilfried lors de son immense épopée à l'Australian Open 2008. Ce jour-là, le Manceau avait, sans doute, disputé le match le plus abouti de sa carrière. Huit ans après, alors que l'escouade de Griezmann a vaincu le signe indien entre-temps, on désespérait que cela arrive de nouveau, surtout au vue de la forme qu'affiche l'espagnol depuis le début de l'US Open. Cependant, c'est un petit bizuth, dont on n'attendait pas grand-chose, qui a réussi à faire vibrer la France du tennis.

 

Le Martien

 

Après deux âpres marathons de plus de quatre heures chacun, le jeune joueur français foule le plus grand court de tennis du monde en fin d'après-midi, en compagnie de la légende espagnole. La plus grande crainte de tous était de voire un Lucas Pouille épuisé et impuissant face au "Taureau de Manacor". Dans un précédent article, j'avais écrit que la seule chance pour le Français de créer la surprise était d'imprimer son rythme dès les premiers échanges. Visiblement, son entraîneur et lui ont eu la même idée, puisque c'est le joueur blond qui impose son rythme infernal à Rafa et surclasse l'ancien numéro un mondial dans n'importe quel domaine.  Durant la totalité du premier set, le nordiste vole sur le court et en fait voir des vertes et des pas mûrs à son adversaire. Comme une coincidence, la seule publicité qui entrecoupait les différentes pauses des joueurs fut une annonce d'Air France. Après avoir breaké deux fois Nadal, Pouille empoche la première manche 6/1. C'est déjà irréel.

Toutefois, on a bien cru être vite rattrapé par la réalité. En effet, dès le début de la deuxième manche, Pouille peine à poursuivre sur le même élan et laisse le cinquième joueur mondial revenir dans les débats. Son service se montre moins précis, les fautes directes se multiplient et les situations tendues pointent leur nez. Le réveil de Nadal est brutal: comme prévu, l'homme aux 14 titres du GC fait visiter au Français tous les coins du courts avec son coup droit et égalise assez facilement à un set partout. 

 

Le bras de fer est engagé, avec un cinquième set en apothéose

 

Cela aurait pu être le coup fatal pour Lucas Pouille. Après tout, de nombreux joueurs avant lui avaient cru inquiéter Nadal pendant un set, avant de subir la dure loi du nonuple vainqueur de Roland-Garros. Cependant, il ne faut jamais oublier d'où vient Lucas Pouille: qu'il n'était que 88ème joueur début mars, qu'il avait raté les Jeux Olympiques d'un rien, et qu'il avait dû renverser deux matchs de suite en Grand Chelem. Et comme à son habitude, Pouille a continué de couper son bois, n'a rien lâché et a parfaitement répondu au combat physique exigé par Rafael Nadal. Dès l'entame de la troisième manche, le vingt-cinquième assome l'ancien numéro un mondial en lui chipant sa mise en jeu. Toutefois, pour conserver cet avantage certain, Pouille s'est employé pour contrer les multiples assaults du gaucher des Baléares. Cela a donné lieu à un set de haute volée, où les deux hommes ont dû aller au bout d'eux-mêmes pour grapiller les points. Au final, Pouille tient le coup et mène de nouveau deux sets à un.

Hélàs, Nadal, dont la pugnacité est reconnue depuis le début de sa carrière, profite des errements de l'élève d'Emmanuel Planque pour prendre rapidement les devants dans le quatrième set. Devant ses parents, sa soeur, sa (discrète) fiancée, ses cousins, sa grand-mère et (évidemment) ses oncles, Rafa ne ménage pas ses efforts et réalise un festival de tricks-shots pour recoller à deux sets partout, et breaker rapidement son adversaire venu de l'autre côté des Pyrénnées dans la manche ultime. A ce moment-là, une seule phrase nous vient à l'esprit: "Karma is a bitch". Lucas Pouille, jusque là récompensé après avoir été au bord du gouffre, se trouve désormais dans la même situation que Bautista-Agut et Chiudinelli. Les jeux passent, et Lucas Pouille se retrouve encore distancé. Même si la fin de son huitième de finale à l'US Open face à Tomic est resté dans nos mémoires, on a commencé à douter des chances de rééditer cet exploit au fur et à mesure que cette rencontrer approchait de son inexorable issue.

Et là, un miracle eu lieu! A 4-3 en sa défaveur, Pouille breake son adversaire trentenaire et efface son retard au meilleur des moments. Dans les quelques jeux qu'ils restent avant l'ultime tie-break, les deux hommes parviennent à conserver leurs mises en jeu. Dans un atmosphère irrespirable, à envoyer tous les hypertendus au CCN de Saint-Denis, les deux hommes se dirigent dans un tie-break qui se montrera également haletant. Dès le début de ce jeu décisif, Pouille perd sa mise en jeu... avant de glaner les deux points de celle du porte-drapeau espagnol. Le natif de la Grande-Synthe se détache, alors, et se procure trois balles de matchs. Toutefois, elles seront rapidement effacées par Nadal, grâce à deux fautes directes du résident de Dubaï et un passing chirurgical de l'Espagnol. Heureusement, la quatrième, conclue par un sublime coup droit qui longe la ligne, scelle l'exploit hors-norme de Lucas, qui s'empresse d'exulter. Sous le regard serein de son coach, Pouille retrouvera Gaël Monfils pour son deuxième quart de finale consécutif en Grand Chelem. Ajoutons la qualification de Jo-Wilfried Tsonga, et on remarque que le tennis français n'a jamais autant envoyé de joueurs en quarts de finale de Majeur depuis le début de l'ère Open. Comme quoi, l'US Open, jusque-là boudé par le contingent français, semble le théâtre du rêve américain des Tricolores. 

La joie de Pouille, après son exploit renversant (Crédits Photo: Getty Images)

La joie de Pouille, après son exploit renversant (Crédits Photo: Getty Images)