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Le Court Central

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Marcus Willis, cet étron qui a fasciné Wimbledon

Marcus Willis, cet étron qui a fasciné Wimbledon

Ce nom ne vous dira sûrement pas grand chose, mais Marcus Willis s'affirme déjà comme un grand gagnant de cette édition 2016 du tournoi de Wimbledon. En effet, cet Anglais de 25 ans, 775ème joueur mondial, s'est retrouvé à jouer face à Roger Federer sur le Center Court, après avoir franchi les pré-qualifications, puis les qualifications. Portrait de cet OVNI, qui a insuflé un véritable vent de fraîcheur sur le tournoi.

"Willis is on fire, Federer is terrified..."

"Willis is on fire, Federer is terrified..."

Alors que la pluie et le froid domine depuis lundi sur Wimbledon, une atmosphère chaleureuse, solaire et frivole a régné ce mercredi sur le Court Central de Wimbledon, tranchant avec le sérieux et le flegme habituel de l'auditoire britannique. En effet, face à un Roger Federer qui figure comme un habitué des lieux (faut-il rappeler que le Suisse a remporté sept fois le tournoi tout au long de sa riche carrière?), un bonhomme, aussi grand que dodu, fait face à la légende suisse avec une bonhommie communicative. Malgré son modeste statut de 775ème joueur mondial, son polo griffé aux initiales de son illustre adversaire du jour qu'il a dû financer de sa poche faute de sponsor, Marcus Willis, lad anglais à l'accent cockney, savoure son moment. En effet, du haut de ses vingt-cins printemps, ce grand dadais, habitué aux tournois de troisième zone dans les coins les plus reclus de cette planète, joue pour la première fois devant quinze milles âmes acquises à sa cause et face à un joueur aussi prestigieux que Federer. Dès l'échauffement, le natif de Slough, ville du sud de Londres, n'hésite pas à applaudir ses supporters qui l'acclament. Qu'importe de la différence de niveau flagrante entre les deux joueurs, Willis prend un tel pied, montre une envie telle, que cette rencontre mémorable face à Federer a enthousiasmé le monde du tennis: ainsi, personne ne pouvait résister de voir sa joie au moment de remporter son premier jeu de la rencontre, lors du deuxième set. Ou encore, ce lob magnifique, tapé en bout de course, qui a renversé le Central au début de la rencontre.

Caractère décalé, 20 kilos de trop et pré-qualifications

 

Jusqu'à ce mercredi fabulueux, durant lequel le conte de fée du joueur anglais s'est réalisé, la carrière de Marcus Willis s'est révélée très confidentielle. Il faut dire que le joueur anglais s'est plus distingué par son caractère fantasque que ses performances sportives, au quatre coins du globe. Ainsi, Willis a disputé un match au cours duquel il criait "Nadal!", "Djokovic!" ou "Federer!" à chacune de ses frappes, s'est pointé mouillé à une rencontre car il avait profité de la mer juste avant son match, ou s'est fait virer du tournoi junior de l'Open d'Australie en 2008 pour "comportement inapproprié". Son goût intense pour la vie n'a pas manqué de suscité les moqueries: en effet, alors qu'il disputait un tournoi de troisième catégorie au fin fond des Etats-Unis, certains spectateurs lui ont affublé le surnom de Cartman, en référence à son embonpoint et à son régime alimentaire non recommandable (Coca-Cola et barre Mars). Forcémenent, au vue de son classement, Willis doit écumer les rencontres interclubs pour gagner suffisament d'argent pour vivre (jusqu'à cette semaine, il n'a engrangé que 7000 dollars en dix ans). Ainsi, certains amateurs de tennis ont du observer ce grand et fort bonhomme dans l'Aveyron, avec son club de Capdenac, et certains joueurs du dimanche anglais ont du recevoir un cours de sa part.

 

Face à cet enchainement de galères, beaucoup ont lâché prise rapidement. Willis a failli en être un à la fin de l'an dernier. Cependant, comme dans un film hollywoodien, c'est l'amour qui l'a poussé à persévérer pour vivre ses rêves. En effet, alors qu'il devait s'envoler pour Philadelphie, où un poste d'entraîneur à plein temps l'attendait, il rencontre sa future compagne dans un concert. C'est elle qui a su motiver Willis à perdre du poids pour pouvoir croire en ses rêves. Ainsi, après avoir vécu sa renaissance dans un tournoi Future à Hammammet, le Britannique a réussi à franchir les pré-qualifications du tournoi Majeur londonien. Cependant, la véritable hype autour de Willis aura lieu à Roehampton, en marge des qualifications pour Wimbledon. En effet, le grand gaillard anglais gagne ses matchs un par un (malgré son très modeste classement) et bénéficie du soutien de ses collègues britanniques ainsi que du public. Finalement, comme un happy ending, il parvient à se qualifier et foulera, pour la première fois de sa carrière, les courts d'un tournoi Majeur. Toutefois, il en faut plus pour faire retomber le soufflé autour de Willis. En effet, le joueur anglais en profite pour gagner son premier match sur le circuit professionnel, qui plus est face à un joueur confortablement installé dans le top 100 (le Lituanien Ricardas Berankis). Finalement, pour son huitième match à Wimbledon, il s'offre la cerise sur le gâteau et affronte, donc, Federer. Ainsi, ce mercredi pas normal pour Willis nous a fait rappeler pourquoi nous aimions le tennis. En effet, dans sa tendre enfance, chacun de nous a toujours rêvé de fouler le Court Central de Wimbledon ou celui de Rolland-Garros pour y rencontrer ses idoles et être acclamé par la foule. Et ce mercredi là, Marcus Willis l'a fait.