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Le Court Central

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Loin de la foule déchaînée : mon immersion à Roland-Garros lors des qualifs

Loin de la foule déchaînée : mon immersion à Roland-Garros lors des qualifs

Alors que Roland-Garros bat son plein (malgré la pluie), j'ai eu la chance d'assister aux qualifications du tournoi parisien, la semaine dernière. Je vous raconte ma première fois en tant qu'accrédité, que je vous dois en partie. Autant vous le dire tout de suite: ce fut une expérience extraordinaire, dans les coulisses du tournoi qui nous fait vibrer chaque année.

Loin de la foule déchaînée : mon immersion à Roland-Garros lors des qualifs

Lundi 16 mai. Un peu pressé suite au syndrome de la panne de réveil qui m'a retenu dans mon lit (en même temps, ça m'apprendra à ne plus terminer un article à deux heures du matin), je me faufile hâtivement dans les couloirs de la station Saint-Augustin pour prendre la ligne 9 en direction de la Porte d'Auteuil. Une demi-heure plus tard, je me retrouve au sud du très réputé XVIème arrondissement de la capitale, dans un territoire qui m'est presque inconnu. Si j'accède sans difficulté à la Porte d'Auteuil, trouver la porte d'entrée I du stade Roland-Garros se révèle plus ardu. Après être revenu sur mes pas pendant 3 minutes tant la succession des passages piéton relève du labyrinte, je me trouve devant le long, et presque interminable, boulevard de la Porte d'Auteuil. A une intersection, une jeune femme qui travaille pour Roland-Garros durant la quinzaine me conseille d'emprunter l'Avenue Gordon-Benett, qui se trouve à ma gauche. Après être passé devant le court n°1, dont les hauteurs sont illustrées par le nom de chaque vainqueur des Internationaux de France, je commence à entrevoir le bout de mon périple dans le sud-ouest parisien. A dix heures du matin, alors que les premiers joueurs commencent à fouler les courts annexes de Roland-Garros, je me trouve enfin à bon port. Je me présente devant le guichet des accréditations, tenu par deux jeunes femmes brunes. Après leur avoir montré ma carte d'identité et ma convocation, reçue par mail, et leur avoir précisé que je travaille pour un média web, une d'entre elles me suggère de me rendre au centre de presse situé sous le court Philippe-Chartrier. Après être passé aux mains de deux vigiles (sécurité oblige), je me rends au fameux centre de presse où je dois récupérer mon accréditation que j'attends depuis deux mois. Après avoir signé une charte, Roland peut commencer.

 

Avant de continuer mon récit, vous devez, sans doute, vous poser la question suivante: comment un si modeste média tennistique (même si les visites mensuelles dépassent le millier depuis le début de l'année, ce dont je vous remercie chaleureusement) est parvenu à obtenir de l'organisation de Roland-Garros de lui accorder un si précieux sésame? Tout d'abord, il faut savoir que la démarche de demande d'accréditation se déroule durant le mois de mars. Par un hasard de la vie, je me suis rendu compte que je n'avais rien de prévu durant la durée du tournoi du Grand Chelem parisien. Presque sur un coup de tête, et avec audace, j'ai envoyé un mail au service des accréditations en me présentant et en leur expliquant ma démarche. Au départ, je n'étais pas très serein: je ne pensais pas qu'on allait m'accorder une fameuse accréditation, même si j'y croyais secrètement. Pourtant, un mois plus tard, mon interlocutrice du service des accréditations m'annonce que la commission de presse m'a réservé une accréditation pour la semaine des qualifications. Mon coeur s'emplit de soulagement et cette joie me pousse à écrire plus et mieux. De plus, j'étais vraiment heureux de décrocher les qualifs, car c'est un instant du tournoi que je ne connaissais absolument point. Après avoir envoyé quelques informations nécessaires à la terminaison de ma demande, ma présence à Roland pour la semaine du 16 mai m'est définitivement confirmée.

 

Tout d'abord, un constat s'impose lors des qualifications: on peut circuler pleinement dans les travées du stade Roland-Garros. Revenez une semaine plus tard, au moment où le tournoi commence à battre son plein, et vous aurez l'assurance que les plus claustrophobes d'entre vous seront pris d'évanouissements, tant la foule ne se termine pas. Depuis lundi, je découvre un Roland où les gens ne se marchent pas dessus pour passer d'un court à un autre. Il n'est, donc, pas rare de voir les joueurs se balader tranquilement dans les travées du stade . L'instant le plus choupi auquel j'ai assisté reste les premiers pas de la fille de l'Uruguayen Pablo Cuevas avec son joueur de père. Ensuite, il est passionnant d'observer les derniers préparatifs pour que la fête batte son plein dès le commencement du tournoi principal. Ainsi, on voit les différents stands se mettre en place, les différents ajustements s'effectuer dans les grandins des grands courts de l'enceinte. On observe, également, les champions qui arrivent au compte au fur et à mesure que l'on s'approche de tournoi principal. Enfin, quand on pénêtre dans le centre de presse, on y croise peu de journalistes. Cette absence m'a rapidement interpelé. Un journaliste de La Nouvelle République (magazine régional du centre-ouest de la France), avec qui j'ai discuté, m'a confirmé que le nombre de journalistes présents lors des qualifs a sensiblement diminué depuis quelques années, peut-être à cause de la crise qui frappe de plein fouet la presse écrite.

 

De plus, une partie du stade n'est pas encore accessible au grand public. Cette portion comprend, entre autres, le Court Philippe-Chatrier et le Court n°1. Ainsi, on bénéficie du privilège d'observer les plus grands champions de ce sport s'entraîner à l'abri des regards. Par exemple, mercredi, sur le Court n°2, Victoria Azarenka et Simona Halep se sont affrontées, comme si on avait affaire à une finale avant l'heure. Ou encore, je me remémore de ce moment unique où j'ai pu assisté, avec une dizaine de journalistes, à l'entraînement de Jo-Wilfried Tsonga en étant assis dans les loges. On mesure, alors, de la pleine puissance des champions, ainsi que de leur travail acharné (particulièrement vrai pour Azarenka, qui planifie de longues séances de travail depuis lundi). Cependant, mon meilleur moment à Roland reste cette rencontre que j'ai faite avec Rafael Nadal le jeudi. La simplicité et la politesse du joueur espagnol, qui tranchent avec son palmarès, m'a agréablement surpris. En effet, je crois que c'est le seul joueur que j'ai vu dire bonjour aux ramasseurs de balle, aux hommes qui entretiennent les courts, ainsi qu'à la dizaine de spectateurs présents aux abords du court où il s'entraînait.

Jo-Wilfried Tsonga à l'entraînement

Jo-Wilfried Tsonga à l'entraînement

Même si les joueurs alignés lors des qualifications sont plus modestes que ceux qui jouent le tournoi principal, on assiste, pourtant, à de très belles rencontres. Parmi elles, on se souvient du premier match épique du Français Laurent Lokoli. Après avoir enflammé le court n°6 il y a deux ans, lors du premier tour du tournoi principal, le Corse a réédité son spectacle lors des qualifications. Mené un set à rien, le jeune joueur, pas épargné par les blessures, a retourné la situation à son avantage en comptant sur le soutien sans faille du public. Malheureusement, son parcours s'est arrêté un tour plus tard. De même, certaines figures familières nous sont réapparues en marge de ce pré-tournoi. Le vétéran tchèque Radek Stepanek s'est vite affirmé comme l'un des chouchous du public. Après une année 2015 marquée par les blessures, l'ancien huitième joueur mondial est revenu par les qualifs et a décroché une place dans le tableau final. Au premier tour, il est même passé à un cheveu de créer une gigantesque surprise face à Andy Murray: Stepanek a mené deux sets à zéro, est passé à deux points de la victoire, avant de voir le Britannique s'employer pour revenir dans la partie et l'emporter non sans frayeur.

 

Enfin, le privilège qu'accorde cette accréditation ne s'arrête pas là. Le vendredi précédent le tournoi s'est déroulé le "Media Day". Tout d'abord, cette journée, où commencent à affluer les journalistes du monde entier, s'ouvre par le tirage au sort du tableau final. Après la cérémonie, on a eu l'occasion de prendre part à un rapide buffet, où l'on peut croiser certaines figures (institutionnelles) du tennis français comme Guy Forget, le DTN Arnaud Di Pasquale, ou le président de la FFT Jean Gachassin. De plus, cela permet de cotoyer certains journalistes qui annoncent, à eux seuls, l'arrivée de Roland-Garros: on pense à l'inénarrable commentateur de France Télévisions Lionel Chamoulaud, ou encore l'hilarant Benoît Maylin, qui tenait une chronique tennistique tordante sur l'Equipe 21.

Ensuite, on est convié à une après-midi de conférence de presse. On peut, ainsi, poser des questions aux meilleurs joueurs du circuit, comme Novak Djokovic, Tsonga, Nadal ou Williams. Si certains sont ponctuels et très charmants (Garbine Muguruza), d'autres joueurs se sont distingués par leur retard (Serena Williams). Toutefois, je crois que c'est la seule expérience un peu décevante qui m'ait été donné de vivre à Roland. En effet, les journalistes, majoritairement anglo-saxons, posaient toujours les mêmes questions: ainsi, le joueur devait toujours répondre sur sa forme du moment et sur la sécurité déployée pour cette édition qui suit les tragiques attaques du 13 novembre 2015. Cependant, heureusement que j'avais préparé quelques questions qui sortaient un peu du cadre! On sentait, d'ailleurs, que les joueurs n'y répondaient pas de manière laconique. Je crois que ma meilleure reste l'une des deux questions que j'ai posée à Jo-Wilfried Tsonga. Alors que l'ambiance manquait terriblement de fun, j'ai interrogé le joueur français sur la tenue zèbrée qu'il porterait cette année à Roland. Cette question n'a pas manqué de faire sourire le n°1 français, ainsi que le parterre de journalistes français or:

"Cette année, vous allez arborez une tenue zèbrée, qui se distinguera autant que le short rose de Wawrinka. Au vus de votre jeu et de votre personnalité, de quel animal semblez-vous vous rapprocher le plus"
- Question piège. (il réfléchit quelques temps) Je dirais le paresseux ou le koala."

Cet enchaînement de conférences de presse a marqué la fin de mon escapade à la Porte d'Auteuil, même si j'avais l'occasion de prolonger l'aventure de manière ponctuelle (sur une ou plusieurs journées). Je ne vous cache pas que j'ai quitté le stade à reculons, au vue de la magnifique semaine que j'ai passée là-bas. S'ils me lisent en chemin, je remercie l'ensemble de l'organisation du tournoi, notamment le service des accréditations, de m'avoir permis d'accéder à ce privilège. J'espère que j'aurai l'occasion de revenir l'an prochain, peut-être pour couvrir en plus le tournoi principal. Cependant, les qualifications restent une magnifique surprise pour tout amateur de tennis.

Ce moment où tu prends une dernière photo en sortant du stade...

Ce moment où tu prends une dernière photo en sortant du stade...