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Le Court Central

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Avez-vous déjà vu un court en terre-battue bleue?

Avez-vous déjà vu un court en terre-battue bleue?

Vous connaissez tous la terre battue ocre qui vous rappelle Roland-Garros ou les parties de tennis disputées dès l'apparition des premiers rayons de soleil. Cependant, avez-vous déjà vu un court en terre battue bleue? C'était le pari fou du tournoi de Madrid en 2012, afin de se faire une place au soleil. Cependant, ce qui pouvait constituer une révolution a vite montré des défaillances. Récit d'un des plus gros flops dans l'organisation de tournois.

Un des courts du tournoi de Madrid en 2012.

Un des courts du tournoi de Madrid en 2012.

C'est ce qu'on appelle "se faire avoir comme un bleu". A l'aube de l'édition 2012, le très jeune tournoi de Madrid (crée en 2009, remplaçant le Masters Series d'Hambourg) a voulu frapper les esprits. Dirigé par Ion Tiriac, ce dernier veut s'élever comme un tournoi de référence, à la différence de son prédécesseur souvent boudé par la crème de la crème du circuit. Malgré la présence d'une enceinte moderne (La Caja Magica, conçue par le Français Dominique Perrault), de mannequins en guise de ramasseurs de balle, et d'un toit rétractable, le patron du tournoi trouve qu'il manque l'élément qui pourrait faire de Madrid un tournoi à part, à la hauteur de Roland-Garros. Ainsi, l'homme d'affaires roumain décide de changer la couleur de la surface, pour permettre, selon ses dires, un meilleur contraste entre la couleur de la balle et celle du court : ainsi, le (télé)spectateur pourra mieux distinguer la balle.

Ca, c'est la version officielle. En effet, la réalité est tout autre: il s'avère que le principal sponsor du tournoi (la banque Mutua Madrilena) est munie d'un logo, dont le bleu rappelle celui des courts de la capitale espagnole. Il s'agit donc, ici, de faire de la publicité pour cette dernière, qui finance le tournoi. Pour réaliser cette terre dont la teinte est semblable à celle des Schtroumpfs, il a fallu débourser un joli pactole. Si la tonne de terre battue ocre coûte 150 euros, il a fallu dépenser… 40 fois plus d'argent (soit 6000 euros, ce qui fait beaucoup dans un pays où le chômage atteint les 20% de la population active) pour s'en procurer une de la couleur préférée de Michou. Cependant, cette dernière n'a pas été réalisée de manière naturelle: des colorants y ont été ajoutés, ce qui implique que les propriétés physiques et chimiques de la terre (son adhérence, par exemple) ont été modifié. Malheureusement, dans ce cas, cela a été pour le pire: ce qui s'appelle se prendre un bleu.

Quand Sliderman glisse trop

La réaction des joueurs n'a pas tardé. Dès les premiers entraînements, un même constat revient de manière unanime: cette terre semble trop glissante, ce qui empêche de prendre correctement ses appuis. Tout d'abord, Novak Djokovic a souligné ce problème, appuyant l'idée qu'il n'a pu jouer plus de cinq échanges de manière convenable lors de son premier match. Monfils et Gasquet la compare, quant à eux, à une patinoire: cela paraît édifiant, quand on sait que Gaël est surnommé "Sliderman", en référence à ses nombreuses glissades dans les stades du monde entier. Cependant, la charge la plus virulente vient du héros du pays, Rafael Nadal. Ce dernier, observant que cette terre battue fait office de parodie de tennis, a demandé à l'ATP de venir jouer avec des chaussures dotés de petits crampons (comme c'est le cas à Wimbledon). Après un refus de l'organisation et une élimination précoce face à Verdasco, l'Espagnol se lâche:

«L'histoire de la saison de terre battue s'est écrite sur de l'ocre, pas sur du bleu. Vous pouvez me dire que je suis un peu réac mais ce n'est pas ça. J'aime les changements quand ils apportent des progrès. Ce qui fait un grand tournoi c'est l'histoire du tennis. Donc à mon avis tout ça est une erreur. Mais c'est toujours pareil non ? Les joueurs ne comptent pas, ils n'ont rien à gagner dans tout ça, le jeu n'a rien à gagner dans tout ça. Une seule personne y gagne quelque chose : le propriétaire du tournoi»

L'équipe, 24 avril 2012

L'attitude de l'ATP a fait grincer des dents, car elle se serait affranchie de l'avis des joueurs, alors qu'ils n'avaient jamais essayé ces nouveaux courts auparavant. Ainsi, la mise en place de cette surface a semé la zizanie: certains joueurs comme Nadal ou Djokovic ont menacé de ne plus s'inscrire à ce tournoi en cas de maintien de cette terre bleue. Finalement, cette même ATP a décidé d'interdire cette surface, et le légendaire voile rocheux ocre, produit à Saint-Maximin (dans l'Oise), a recouvert le complexe tennistique madrilène dès l'année suivante. Ce retour en arrière a été, par ailleurs, salué à l'unisson par les joueuses et les joueurs, Nadal en tête. Même si, pour la petite anecdote, Federer a remporté "ce tournoi bleu", le pari d'Ion Tiriac (ancien joueur de tennis roumain avant de devenir un entrepreneur à succès) est perdu: cette édition 2012 de son tournoi marquera l'Histoire du tennis, mais pas de manière élogieuse.

Federer, à jamais, vainqueur du premier tournoi sur terre-battue bleue.

Federer, à jamais, vainqueur du premier tournoi sur terre-battue bleue.