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Le Court Central

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La folle épopée des Mousquetaires.

La folle épopée des Mousquetaires.

Le 21 novembre prochain, l'équipe de France de Coupe Davis va, sans doute, tenter de soulever le Saladier d'Argent, face aux redoutables suisses, menés par Roger Federer et Stanislas Wawrinka. C'est l'occasion (ou jamais?) pour la génération dorée du tennis français - dont les fers de lance s'appellent Tsonga, Gasquet, Simon ou Monfils - de triompher aux yeux du monde entier. Surnommés il y a quelques années ( et à tort) les néo-Mousquetaires, ils auront à coeur de succéder au célèbre quatuor qui a fait des ravages en plein coeur des années folles. Court Central remonte le temps et enquête une période que les moins de... (bon, vous m'avez compris) ne peuvent pas connaître.

La folle épopée des Mousquetaires.
La folle épopée des Mousquetaires.

En 1900, naquît une compétition qui révolutionna le monde du tennis (encore naissant, à cette époque, là): la Coupe Davis, du nom d'un étudiant de la prestigieuse université d'Harvard, qui fit part de son projet ambitieux au président de l'époque de la fédération de tennis américaine. Au départ, elle opposait seulement les Etats-Unis et la Grande-Bretagne. Cinq années plus tard, la France, mais aussi l'Autriche, la Belgique et l'Australie se joignirent à la fête. Après un arrêt dû à la Première Guerre Mondiale, la compétition reprit ses droits en 1920.

Talkin' about my generation

A l'époque, les pays anglophones dominèrent outrageusement; surtout les Etats-Unis, portés par leurs joueur-phare: Bill Tilden. Pendant sept années de suite, tels des empereurs, ils avaient tout raflé sur leur passage et aucune équipe ne leur avait résistés. Seulement, pendant ce temps-là, une nation commençait à émerger de manière sérieuse dans la compétition: la France. Dominante en Europe (à l'époque, la compétition était divisée par zones, et le vainqueur de la zone Europe affrontait le tenant du titre), elle a pu affronter dès 1925 les champions outre-atlantiques. Après deux revers consécutifs à Forest-Hills, les Français, menés par René Lacoste, Jean Borotra, Jacques Brugnon et Henri Cochet, prirent une troisième fois leur revanche.

La folle épopée des Mousquetaires.

A cette époque-là, les Tricolores possédait un groupe de choc : Henri Cochet, "Le Magicien" - car il était capable de coups invraisemblables-, venant d'un milieu populaire, restait sur une victoire à Wimbledon deux mois avant ladite finale. Jean Borotra (alias "Le Basque Bondissant", de par son expérience à la pelote basque) avait accroché deux fois le fameux tournoi londonien, et les Internationaux de France (qui ne s'appelaient pas encore Roland-Garros). Quant à René Lacoste, "Le Crocodile" -en référence à sa ténacité sur le court- avait déjà soulevé cinq trophées majeurs. Tous trois furent accompagnés par Jacques "Toto" Brugnon, l'aîné. La finale eut lieu le 8 septembre 1927, sur le gazon de Philadelphie. D'ailleurs, face à la qualité de l'effectif français, le mot d'ordre des Américains fut la méfiance: "On pourrait perdre la coupe" confia Bill Tilden, le leader de l'équipe, avant cette finale.

Le jour de gloire est arrivé

L'honneur de débuter ce grand weekend de tennis revinrent à Lacoste et à Johnston. Dans une rencontre à sens unique, "l'Alligator" fit parler sa science sur le court et balaya son adversaire sur un score sans appel: 6/3 6/2 6/2. Puis, vint le tour d'Henri Cochet, qui eut la lourde tâche d'affronter le n°1 américain (et considéré, alors, comme le meilleur joueur de la planète), Bill Tilden. Malgré une franche résistance, "le Magicien" fut pris dans le tour de passe-passe de son adversaire, simplement monstrueux, et dû s'incliner en quatre sets.

Le lendemain, ce fut au tour des deux autres Mousquetaires d'entrer en scène, dans une rencontre de double qui pourrait bien donner un grand avantage au vainqueur. Après un premier set remporté 6/3, les américains serrèrent le jeu et remportèrent les deux sets suivants 6/3 6/3. Non résignés, la paire tricolore montra ce dont elle était encore capable, dos au mur, et recollèrent à deux sets partout, après un quatrième set remporté 6/4. Le cinquième set devait être l'apogée d'un match magnifique. Malheureusement, cela vira à la débandade pour les Bleus, qui encaissèrent un cinglant 6/0 au cinquième set, face à des américains trop forts. Au soir du deuxième jour, la France et ses Mousquetaires n'eurent plus le droit à l'erreur, s'ils voulaient ramener le premier saladier d'argent du tennis français.

Et quel troisième jour! Soudés comme jamais, les Bleus créèrent un exploit qui fait encore date dans notre sport. Lacoste, impérial tout au long du week-end, joua les pompiers et égalisa, après avoir disposé assez facilement de Tilden, malgré la perte d'un set 6/3 4/6 6/3 6/2. Il y eu, donc, un cinquième acte décisif, qui opposa Cochet et Johnston. Après deux premiers sets serrés, où les deux joueurs eurent du mal à se départager, le natif de Saint-Germain-en-Laye sortit un tour de son sac et emporta les deux sets suivants 6/2 6/4. Les joueurs peuvent exulter: ils viennent de créer un exploit énorme.

De gauche à droite: Lacoste, Cochet, le président de la fédération internationale, Brugnon et Borotra.

De gauche à droite: Lacoste, Cochet, le président de la fédération internationale, Brugnon et Borotra.

Premiers échanges à Roland

Fascinés par le niveau de ses joueurs et de l'exploit qu'ils avaient réalisés, différents acteurs (l'Etat, la fédération, des acteurs privés) décidèrent de construire un stade pour donner au tennis la place qu'il méritait: ainsi, le stade de Roland-Garros (en hommage à l'aviateur, amis et camarade de promotion d'Emile Lesieur, marqueur du premier essai du tournoi des Cinq Nations), sortit de terre durant l'hiver 1927-1928 et, vit, donc, le jour dans la foulée, prêt à accueillir les Internationaux de France et les rencontres de Coupe Davis. En 1928, la revanche eut lieu, sur terre battue, fin juillet. La victoire fut plus aisée pour les Français (4-1), portés par les trois meilleurs joueurs mondiaux: Lacoste, Borotra, Cochet. Cependant, beaucoup d'éléments se sont inversés par rapport au déroulement de l'édition précédente: Tilden l'emporta face à Lacoste, mais s'inclina face à Cochet; le double français (sans Brugnon) sortit vainqueur de sa confrontation face à la paire Hunter-Tilden.

La fin d'un règne

L'hégémonie des Mousquetaires continua encore jusqu'en 1932. L'année suivante, ils retrouvèrent des Anglais, qui ont su se défaire des redoutables Australiens et de leur star montante: Jack Crawford. Les Français, quant à eux, durent composer avec une équipe vieillissante et avec un René Lacoste au poste de capitaine. Pour le remplacer, il appela le très discret André Merlin: joueur, qui, à défaut de posséder une technique de folie, faisait preuve d'une bel esprit combatif (à l'image de son capitaine). En face d'eux, se dressèrent les deux anglais Fred Perry et Austin, solides joueurs en Coupe Davis. Le "bizuth" de l'équipe eut, par ailleurs, la lourde tâche d'ouvrir le bal face à Austin. Pari manqué: le français fut incapable de concurrencer son adversaire du jour et dût s'incliner lourdement. Pour tenter de sauver la France du break anglais, Henri Cochet fut aligné pour affronter le terrible Perry. Le Français tint le coup, remporte le premier set, mais manqua cruellement de tranchant face à un joueur plus jeune que lui, qui plus est, en pleine ascension. Au final, Cochet dû rendre les armes, à 8/6 au cinquième set. Le vendredi, la France se trouva dans une méchante posture. Le public semblait résigné. Et pourtant...

Fred Perry.

Fred Perry.

Après un double parfaitement maîtrisé par Brugnon et Borotra, Cochet livra un combat phénoménal face à Austin, et remis l'équipe en selle. Le match décisif fit opposer Perry et Merlin. Le public s'attendit à une déculottée pour Merlin, mais, étonnamment, le français bouscula le joueur anglais. En effet, il parvint à empocher le premier set et se positionna à deux points du deuxième set, sous les conseils avisés de Lacoste. Malheureusement, le Britannique se réveilla, et ne laissa plus aucune chance à son adversaire du jour. La France dû laisser son titre, mais malgré cette mauvaise fin, cette aventure a forgé une magnifique amitié entre quatre hommes, qui resteront à jamais, dans le panthéon du tennis français. Surtout, comment ne pas oublier ces quatre joueurs, dont les exploits eurent une importance dans la place à accorder au tennis français au sein du tennis mondial et dans l'homologation des championnats de France en tant que tournoi du Grand Chelem? Vous me direz alors, qu'ils sont irremplaçables et qu'ils méritent une statue: c'est déjà fait, ils ont même une place à leur nom à Roland-Garros.